INFLUENZA

De quoi “l’influence digitale” est-elle le nom ? Soyons directs : d’une réalité économique.

Puisqu’évidemment, le terme d’influenceuse cache (à peine) une vérité bassement commerciale.

Avant l’ère digitale instagrammeuse, les principaux modes de publicité disponibles pour les marques résidaient dans l’achat d’espaces, qu’ils soient à la télévision, dans la ville ou dans des magazines. Nul besoin de dire que de tels espaces publicitaires coûtaient – et coûtent encore – des fortunes.

Instagram arrivant, les marques (surtout de vêtements et accessoires) ont vite compris l’avantage qu’elles pourraient en tirer : un espace de publicité instantané et mondial – et gratuit ou presque, si elles s’y prenaient bien.

Et c’est ainsi que les marques ont joué avec l’ego des femmes : puisque certaines d’entre elles souhaitaient se présenter sous leur meilleur jour (Instagram fait rarement dans le comique, Instagram fait dans le beau), puisque certaines d’entre elles souhaitaient scénariser leur vie comme une vie de rêve (comprenez : “luxueuse”), les marques feraient des femmes leurs porte-manteaux. En offrant des produits.

Et c’est aussi simplement que ça que l’on est passé d’espaces publicitaires achetés à prix d’or à de la publicité gratuite.

Instagram arrivant, les marques ont aussi joué avec l’ambition des femmes en leur faisant miroiter de magnifiques carrières d’ “influenceuses”.

Mais qui fait carrière en tant qu’influenceuse, franchement ?

Vous en connaissez, personnellement ?

Je n’en connais aucune. En revanche, je connais beaucoup de femmes qui se voient offrir des produits, des restaurants ou des voyages pour en faire la promotion sur Instagram, et cela me semble un business plan un peu foireux pour qui voudrait tirer ses revenus uniquement d’Instagram. Parce qu’un produit ne remplit pas un frigo, et qu’on ne peut pas être constamment en voyage, n’est-ce pas.

En attendant, les marques auront potentiellement touché un milliard d’utilisateurs, pour le prix d’un produit, d’un restaurant ou d’un voyage, c’est-à-dire rien par rapport au prix d’achat d’un espace publicitaire télé ou presse.

Outre le fait que les marques jouent avec l’ego et l’ambition de certaines d’entre nous, ces nouvelles pratiques d’influence posent tout de même de sérieux problèmes déontologiques, si vous voulez mon avis.

Attention, je ne parle pas des femmes qui font la promotion occasionnelle de produits, ou qui font des tests comparatifs, ou qui se font épisodiquement offrir des produits peu onéreux.

Je parle des femmes qui font la promotion trop régulière de produits différents, la promotion trop régulière de produits onéreux.

Je vois mal comment une personne qui souhaite faire carrière (c’est-à-dire, en vivre) dans l’influence digitale peut garder son indépendance éditoriale et un avis authentique lorsqu’un cadeau de grand prix lui est offert – c’est tout de même un peu compliqué car cette personne se sentira « liée ». Et si d’aventure l’avis de cette personne est négatif, quelles chances aura-t-elle de se voir approcher par d’autres marques, qui seront probablement plus frileuses à lui soumettre leurs produits s’il y a un risque d’opinion négative ? – ces marques étant dans une logique d’achat d’espace publicitaire, pas de test qualitatif, je vous rappelle.

En se lançant sur Instagram, que fait une marque ? Elle fait certes de la publicité directe sur son propre compte, mais elle fait également appel aux fameuses “influenceuses”. C’est-à-dire des femmes “coeur de cible” avec de gros comptes et un “fort pouvoir d’influence” (quoi que cela veuille dire, à mon sens). Les marques intelligentes regarderont le ratio followers-likes et le taux d’engagement du compte de l’influenceuse, les marques moins intelligentes ne verront même pas que les followers ont été achetés (je vous en parle, parce qu’aux Etats-Unis, il y a quand même quelques “influenceuses” qui ont un million de followers ou plus, et qui culminent à 20.000 likes par photo, on a un problème, Houston).

En se tournant vers les influenceuses, que fait surtout une marque ? Elle cherche du “covert content”, puisque tel est le terme consacré en anglais. Autrement dit, du contenu sous couverture. Autrement dit – soyons plus précis – de la publicité déguisée, ce qui n’est rien d’autre qu’une pratique commerciale trompeuse, alors que les législations – américaine et française à tout le moins – imposent que les contenus publicitaires soient signalés comme tels. La confusion des genres est totale, sachant que 71% des internautes américains, par exemple, ne font pas la différence entre un article de presse et une publicité déguisée en article.

Est-ce que vous voulez participez à de la publicité déguisée ? En ce qui me concerne, non.

Est-ce que vous voulez subir de la publicité déguisée ? En ce qui me concerne, non.

Outre ces problèmes de déontologie, il y a également la réalité économique d’une vie d’instagrammeuse.

C’est bien de poser en robe Dior, mais s’il faut rendre la robe Dior après la séance-photo, je ne vois pas l’intérêt et cela frise presque la publicité mensongère – mensongère sur la vie de rêve et le compte de l’influenceuse, cette fois-ci.

En outre, je vois mal comment une personne qui souhaite faire carrière dans l’influence digitale peut faire la promotion incessante de produits – un post sur deux ou trois avec le fameux #ad rendu obligatoire par la FTC (Federal Trade Commission) américaine, la DGCCRF française est sur le coup – et ne pas devenir un porte-manteau peu crédible. Car la différence est grande entre le porte-parole et le porte-manteau.

Le rôle de porte-parole suppose par définition une grande sélectivité. Personne ne peut valablement être le porte-parole de 50 marques en même temps. Et être le porte-parole de quelques marques très sérieusement choisies ne permet probablement pas de vivre.

Vous voyez la quadrature du cercle ? Option 1 : vous avez une éthique et vous mourrez de faim. Option 2, vous mangez à votre faim mais vous avez perdu toute crédibilité.

Voici donc ce que m’inspire l’influence digitale.

Et juste pour être claire : est-ce que je reçois régulièrement des offres de collaboration ? Oui.

Est-ce que je les refuse ? Oui, la plupart du temps. Si un jeune créateur me plait, je lui fais un article gratuitement (souvent, j’achète un produit parce que, donc, cela me plait vraiment) et je prends à ma charge les frais de mon photographe et de ma traductrice parce que mes finances me permettent de le faire. Ça n’a aucun sens économique ? Oui, c’est vrai, mais c’est ma bulle d’oxygène dans une vie d’avocat parfois un peu aride.

99% de ce que vous voyez sur ma galerie est ma vie réelle, en tout cas ma vie telle que je la vois avec mes yeux. Le 1% restant concerne des robes prêtées par des amies spécialisées dans le costume (j’ai nommé Marcel et Jeannette) pour des photos “historiques” publiées dans Faust Magazine.

Je paie, tout bêtement parce que je n’ai pas envie de me mentir, ni de vous mentir.

J’ai été payée pour deux articles en cinq ans, parce que j’ai été approchée par deux grandes marques avec une trésorerie conséquente, et parce que ces marques correspondaient totalement à mes valeurs. Mais aussi parce que j’étais totalement consciente qu’on parlait de publicité pour ces grandes marques. Et donc j’ai mis le fameux #ad.

En réalité, nous valons toutes tellement plus que d’être instrumentalisées par des marques. Par pitié, arrêtez de “tagger” les grandes marques sur Instagram – sauf si vous avez un message particulier à passer, que cela soit une étude comparative de produits ou autre – car cela ne rend service à personne hormis aux marques qui vous ont déjà vendu ou qui vendent à d’autres leurs produits à prix d’or.

Nous valons toutes tellement plus que d’être des porte-manteaux gratuits sur Instagram pour des marques qui ont des trésoreries de dingue.

Ou alors, vous savez quoi ? Faites-vous rémunérer. Mais alors cher, très très cher 😉

NB. Nous aurons donc ici une robe Monoprix, (qui tagge Monoprix ? c’est ça, personne ou presque) en collaboration avec Laure de Sagazan. Je mentionne toujours les marques en fin d’article sur ce site – jamais sur Instagram – si cela peut intéresser quelqu’un qui aurait eu un coup de foudre pour une pièce et qui voudrait se lancer dans une chasse aux trésors sur le marché secondaire de l’occasion.

Robe Laure de Sagazan x Monoprix – Manchette YSL – Bourse Monoprix – Lunettes de soleil François Pinton – Espadrilles Castaner – Bandeau Prada