L’hôtel de la Païva est un hôtel particulier construit entre 1856 et 1866 sur les Champs-Elysées. Sa propriétaire était la fantasque et scandaleuse courtisane Esther Lachman, autrement connue sous le nom furieusement exotique de “la Païva”.



Le Salon de Musique – Ses colonnes sont des trompe-l’oeil en fonte

Le Salon des Griffons avec son banc de cheminée




La légende veut qu’encore jeune et pauvre, Esther ait décidé de faire construire un hôtel particulier à l’endroit même où un client pressé l’eut poussée hors de la voiture qu’elle occupait, lui occasionnant quelques légères blessures, la plus importante étant celle infligée à son amour-propre.
Reprenons depuis le début.


Esther nait en 1819 dans le ghetto juif de Moscou. Elle est mariée en 1836 à un tailleur français installé en Russie, Antoine Villoing mais elle n’attend pas un an avant de s’enfuir avec un inconnu, dans un périple à travers l’Europe qui la conduit à Paris. Elle s’installe dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette, où elle devient elle-même une lorette, c’est-à-dire une prostituée. Elle devient la maitresse d’un célèbre pianiste, Henri Herz, qui l’introduit dans les cercles artistiques parisiens, où elle rencontre Liszt, Wagner ou encore Théophile Gautier.
Esther, qui s’est rebaptisée Thérèse, est l’une des femmes les plus élégantes de Paris – et pour cause, elle dilapide la fortune de son amant qui est parti en tournée aux États-Unis. La famille Herz en profite pour la chasser en 1848.
D’autres amants tout aussi fortunés vont se succéder. Son mari Antoine Villoing décède en 1849, ce qui permet à Thérèse, à présent veuve, d’épouser en 1851 le marquis Albino Francisco de Païva-Araujo, qui lui offre un hôtel particulier dans le quartier de la Nouvelle-Athènes, sur la place Saint-Georges.
Elle y réside jusqu’en 1852. Le couple se sépare, le marquis retourne au Portugal mais Thérèse continue à se faire appeler la marquise de Païva. Elle devient la même année la maitresse d’un cousin du chancelier allemand Otto von Bismarck, Guido de Donnersmarck, qui lui fait construire un somptueux hôtel particulier de style Renaissance, sur les Champs-Élysées. Le coût en est absolument exorbitant et la construction défraie la chronique tant le luxe qui y règne est décadent.
Le spectaculaire lit de Thérèse, en forme de conque en acajou de Cuba, orné d’une sirène et flanqué de cygnes est, avec l’escalier en pierre, le point nerveux de ce “Louvre du cul”, pour citer les frères Goncourt.

La chambre à coucher maintenant transformée en salle à manger
En 1871, son mariage avec le marquis de Païva est annulé et ce dernier a, comme son prédécesseur, le bon goût de mourir l’année suivante. Thérèse épouse son amant Guido de Donnersmarck, qui est bientôt nommé gouverneur de la Lorraine qui vient d’être annexée par l’Empire allemand.
Elle se mêle de politique : elle met en relation son nouveau mari avec les milieux parisiens fortunés, s’interpose dans les négociations avec l’Empire allemand, reçoit Gambetta, et facilite le remboursement anticipé par la France de l’indemnité de guerre exigée par Bismarck suite à la guerre.
Elle est bientôt soupçonnée d’espionnage. Jugée indésirable, elle quitte, accompagnée de son époux, la France en 1877 pour la Silésie où elle décèdera en 1884.
Depuis 1904, l’hôtel de la Païva est un club privé, le Travellers Club, ouvert à la gent masculine uniquement.

Mais revenons à la Païva. Elle avait pour coutume d’accueillir ses invités dans le vestibule pour les accompagner ensuite dans le Grand Salon où le champagne était servi.



Le Grand Salon
Venait ensuite le diner, dans la salle adjacente au Grand Salon.



La salle à manger – qui est maintenant le bar du Travellers
Les éléments décoratifs ne manquent pas de références à la courtisane : elle est représentée partout – en peinture, en sculpture, en médaillon. Si le diner était intime, les plus chanceux – ou les plus fortunés accédaient au premier étage où se trouvaient les appartements privés de la Païva, grâce à l’ascension de l’incroyable escalier. L’hôtel de la Païva est en effet surtout réputé pour cet escalier, qui est censé être en onyx – il s’agit en réalité de travertin. La légende, elle encore, veut que sa construction ait été inspirée par une pièce de François Ponsard (elle-même inspirée de Racine), et l’une de ses lignes : “ainsi que la vertu, le vice a ses degrés”. Quelle belle lucidité, de la part d’une courtisane, vraiment.






Les appartements privés ont été transformés depuis pour les besoins du Travellers.


Les hôtes les moins chanceux ou moins fortunés pouvaient profiter du jardin d’hiver et du patio.





Le 5 Mars 2020
