LA PLAGE

Longtemps considérée comme dangereuse ou destinée au commerce, la mer – et donc la plage par association – n’a guère suscité d’intérêt jusqu’aux années 1750 lorsque poètes et peintres la mettent en valeur dans un bel élan romantique.

La plage et les villégiatures de bord de mer prennent leurs lettres de noblesse à la fin du XIXème siècle, l’air marin et le soleil devenant fort recherchés pour leurs vertus thérapeutiques.

Alors que la peau laiteuse avait été depuis si longtemps le marqueur social distinguant paysans et nobles, la révolution du bronzage accompagne dans les années 1920 l’abandon des corsets, le raccourcissement des robes et des cheveux.

Le teint hâlé bouscule dès lors codes sociaux et corporels et devient le nouveau marqueur social entre classes sociales ouvrières et bourgeoises. Jean Patou crée en 1926 la première huile solaire et Colette décrète en 1932 que “la beauté d’été est noire”.

Les premières apparitions du bikini en 1946 et du monokini en 1964 accompagnent l’élan de libération corporelle et sexuelle qui enflamme la France ; élan qui s’illustre à présent à la plage où l’érotisation du corps féminin est à son comble.

Les sociologues contemporains ont longtemps fait de la plage un espace à part, hétérotopique – c’est-à-dire autre, car les codes et comportements applicables ailleurs n’y ont pas cours. Dans l’espace public, on ne se dénude nulle part ailleurs que sur une plage. Dans l’espace public, on ne s’allonge nulle part ailleurs que sur une plage. Dans l’espace public, on ne sieste nulle part ailleurs que sur une plage.

Pour autant, et puisqu’il s’agit d’un espace public, les comportements y sont codifiés et évoluent selon les époques. Le burkini choque autant en 2017 que le bikini en 1946. La crainte du cancer fait reculer le monokini apparu en 1964 et bien peu de femmes pratiquent le bronzage seins nus de nos jours. La desérotisation du corps féminin à la plage a progressivement remplacé l’immense charge érotique du bikini.

La plage n’est finalement qu’un autre reflet de nos sociétés.

On importe à la plages nos codes culturels, notre statut social, notre éducation, notre rapport au corps, notre rapport aux autres.

Pour ma part, j’y importe aujourd’hui cette belle capeline qui doit avoir un siècle, au bas mot.

Maillot de bain Eres – Capeline chinée aux Puces chez Marcel & Jeannette – Lunettes de soleil Face A Face