L’ENVERS DU DÉCOR – LIVRE 14

On pourrait croire que faire des séances-photo représente le summum du glamour, mais ça ne l’est jamais, non non non.

Faire une séance-photo se résume à attendre puis courir.

Vous attendez fort longtemps que le photographe dispose son matériel de manière idoine, selon le lieu, la lumière existante, l’ambiance souhaitée. Et dire qu’un photographe professionnel nage dans le matériel est un doux euphémisme : le mien n’a aucunement besoin de faire du sport par ailleurs puisqu’il porte selon les séances entre 20 et 40 kilos sur le dos et à bout de bras.

Moi, qui ai par ailleurs totalement besoin de faire du sport, j’arrive souvent avec deux sacs de voyage, ou mieux une valise dans laquelle ma fille de 5 ans pourrait rentrer, et des housses de vêtements pour ne rien froisser, le tout également à bout de bras. Les taxis avec lesquels je sillonne Paris vers les lieux de shooting pensent généralement que je viens de me briser avec mon amoureux que je quitte en précipitation avec quelques affaires, ce qui donne lieu à d’intéressantes conversations, je dois dire.

Après l’attente vient la course : le temps est généralement compté et il faut être efficace : courir après l’accessoire que l’on a oublié, courir après le téléphone qui sonne parce que l’on a en même temps une conférence téléphonique dont le sujet n’est absolument pas cinématique mais totalement juridique, courir après les tenues qu’il faut enchainer puisque l’on essaye d’en faire plusieurs en une séance – ce qui me permet par ailleurs de mener une vie d’avocat car vous imaginez bien que je ne fais pas des shootings trois fois par semaine non plus, n’est-ce pas, eh oh hein bon.

On pourrait aussi croire que faire des séances-photo est furieusement rigolo, mais ça ne l’est pas toujours, non non non. Enfin quoique. Avec moi, je dois dire que les shootings sont assez rigolos pour la bonne raison que je ne me prends pas trop au sérieux et qu’il y a toujours un moment où je déraille.

Je déraille parce que je me bats avec un bouton de manchette ou un rouge à lèvres dont je viens d’appliquer la cinquantième couche pour les besoins de la photo.

Je déraille parce que je prends un pommeau de douche pour un téléphone.

Je déraille et j’ai l’air aussi fou que Jack Nicholson dans Shining.

Ou parce qu’il est 18 heures et que je tente vainement de négocier l’ouverture d’une bouteille de champagne avec le photographe – que c’est triste, ces verres vides, mon Dieu.

Je déraille parce que je suis fatiguée et que je veux dormir, je déraille parce que je ne sais plus marcher.

Je déraille et de face, c’est peut-être parfait, mais de dos c’est la cata, tout bêtement parce que j’ai eu la flemme de nouer correctement mon collier.

Bref, il est joli, l’envers du décor, n’est-ce pas ? Mais il a l’immense avantage de refléter la vie 😉