DIX COMMANDEMENTS DU STYLE

Abreuvées que nous sommes de “tutorials”, d’émissions ou d’articles compilant les “fashion do” et “fashion don’t”, on sait toutes à peu près quelles règles suivre pour avoir l’air d’une “honnête femme” dans la rue.

Au-delà de ces règles, chaque femme définit les siennes propres, selon son style. Voici les miennes et que l’on soit bien d’accord : en réalité, il y a tout de même très peu de règles applicables de manière absolue en matière de mode ou de style. Donc on relativise…

“De noir tu ne porteras pas lorsque tu boiras”

Partant du principe que les femmes sont majoritairement vêtues de noir lors d’un cocktail et qu’il est toujours dommage de se fondre dans la foule, je préfère privilégier, dans de telles circonstances, la couleur. Un oiseau chamarré dans une foule de corbeaux, voilà à quoi cela me fait penser (et pourtant, Dieu sait que j’aime les petites robes noires. Mais pas dans ces circonstances).

Démarquez-vous !

“Ni deux, ni trois, mais une seule zone de feu tu ouvriras”

Que l’on veuille mettre en avant ses atouts, pourquoi pas, mais par pitié, pas tous en même temps !

Trop d’information tue l’information, c’est bien connu : comment voulez-vous que les personnes autour de vous assimilent toutes ces informations dévoilées sans que celles-ci se noient les unes les autres ?

Selon l’humeur du moment, on choisira de maquiller les yeux ou la bouche, on l’on choisira de mettre en valeur le décolleté ou la cuisse. Ou tout autre partie du corps, d’ailleurs, soyons imaginatifs.

“A l’arc-en-ciel tu ne ressembleras point”

La règle est simple : jamais plus de trois couleurs sur une même tenue. Au-delà, on prend évidemment le risque de ressembler à un arc-en-ciel ambulant, la poésie en moins.

Ou alors de ressembler à l’un des personnages que j’avais créé il y a quelques années, lorsque je racontais à mon ado chérie l’histoire du soir (très élaborée, avec personnages récurrents, des “plots” secondaires, des retournements de situation hallucinants, de l’amour, de l’aventure… pardon je m’égare) : Bariolette.

Bariolette était un cheval géant de toutes les couleurs. Et alcoolique aussi. Lors de l’épisode 408, il sauvait le monde en absorbant toute la vague d’un tsunami, était touché par la rédemption et était é-vi-de-mment débarrassé de son addiction (s’il vous plait, n’appelez pas les services sociaux).

En attendant, personne ne voudrait ressembler à un cheval géant bariolé, n’est-ce pas ? Donc, pas plus de trois couleurs, s’il vous plait.

“A une veuve de la veille tu ne ressembleras point”

J’adore cette expression, que j’emprunte régulièrement à Colette, qui décrit, dans la série des Claudine, le bonheur de déguster des bananes pourries qui consolerait une “veuve de la veille” (de mémoire. Oui, je sais. Mais non. Je ne pense pas que Colette s’adonnait aux drogues dures).

Pardon, je digresse.

Donc.

A l’inverse du commandement “A l’arc-en-ciel tu ne ressembleras point”, il est absolument déconseillé de ne porter qu’une seule couleur, de la tenue en tant que telle en passant par les accessoires. Car les couleurs se mettent mutuellement en valeur.

“Ta ligne de sourcils tu retravailleras”

On l’oublie souvent, cette ligne de sourcils, alors que c’est à mon sens la seule zone – avec les cils – où le maquillage est réellement indispensable car il structure le regard. L’important est que cette ligne de sourcils ait du caractère et qu’elle mette en valeur le regard. Et en structurant son regard, on structure son visage.

“When in doubt, overdress”

Autrement, dit, en cas de doute, il vaut mieux être trop habillée que pas assez.

Non, je ne parle pas de s’emmitoufler à l’approche des grands froids. Je parle de prendre le risque d’avoir l’air éventuellement un peu trop élégante, plutôt que ne pas l’être assez.

Pourquoi ? Parce qu’une femme qui a fait l’effort d’être élégante se sentira probablement belle et radieuse, qu’elle se démarquera, qu’elle sera regardée et que l’élégance, eh bien l’élégance passe partout.

Je peux en témoigner, moi qui me suis retrouvée par deux fois dans des deuxièmes parties de soirée qui n’avaient strictement rien à voir avec les premières parties de soirée.

Première soirée, au début de ma carrière d’avocate, en tailleur-pantalon trois-pièces noir et talons hauts, j’assiste au cocktail donné par mon cabinet aux clients. Vers 23 heures, je me retrouve à danser dans une boite de nuit punk, invitée par des clients. En costume trois-pièces (donc). Pour me démarquer, je peux le dire, je me suis démarquée. Je l’ai compris lorsqu’un punk à crête verte s’est platement excusé de m’avoir écrasé le pied en dansant, en se fendant d’un galant “Oh mon Dieu, pardon Mademoiselle, je vous ai fait mal ?

Seconde soirée : mêmes circonstances sauf que cette fois-ci je me suis retrouvée – biiieeeen plus vieille – en robe longue TRES habillée dans LA boite de nuit parisienne à la mode à cette époque. Absolument certaine que le physio nous refuserait l’accès, je me suis avancée, par esprit bravache, avec l’attitude la plus impériale et la plus souriante de mon répertoire. Il faut croire que cela a marché puisque le physio nous a ouvert la porte en faisant la révérence. Voir un physio tout musclé et tout patibulaire faire la révérence, c’est quelque chose.

Après, danser en robe longue dans une boite de nuit, c’est quelque chose aussi, mais c’est une autre histoire.

“De déguisement tu ne porteras point”

Se déguiser, c’est bien. Quand on a 5 ans.

Quand on est adulte, un peu moins. En d’autres termes : trouver son style sans tomber dans la caricature de son propre style est un exercice complexe.

A titre d’exemple : avoir un style touché de rétro, c’est bien.

Ressembler absolument et totalement à une photo des années 50, c’est moins bien. C’est un peu daté, ça manque d’imagination, et ce n’est pas très pratique (et ça, vous le savez si vous avez déjà porté une robe des années 50, avec un ruban de taille ou un corset intérieur, qui vous cisaille la taille PARCE QUE C’EST PLUS JOLI. Seule Dita Von Teese vit très élégamment le fait d’avoir la taille cisaillée).

Bref. L’idée est d’insuffler, pas d’imposer. De définir subtilement son style en lui apportant une touche de personnalité, d’originalité et de modernité. D’éviter le total look, quel qu’il soit.

En parlant de total look, il m’arrive de ne pas y échapper. Lorsque je porte ma robe d’avocat. Et la première fois que mon fils m’a vue en robe d’avocat, il m’a très naturellement dit qu’il était vraiment très beau, mon costume de Batman (solitude…).

Comme quoi, le total look, ça fait vraiment déguisement.

“Ton genou tu ne montreras point”

Le genou. Il faut que l’on parle du genou.

Hormis Eric Rohmer, qui est capable de dérouler un film entier sur le fantasme suscité par un genou – je cite l’inénarrable “Genou de Claire” (devant lequel je me suis gaillardement endormie) – je vois mal QUI peut trouver un quelconque intérêt esthétique à un genou.

Coco Chanel disait que l’on pouvait tout montrer sauf le genou et je suis radicalement et absolument d’accord avec elle.

C’est-à-dire que soit on le cache, soit on montre la cuisse, mais on ne s’arrête pas PILE juste au-dessus, histoire d’attirer l’oeil sur lui.

Porter une belle jupe courte, qui met en valeur la cuisse, oui.

Porter une belle jupe qui s’arrête au genou et qui met en valeur la cambrure d’un mollet, oui.

Porter une jupe juste au-dessus du genou qui met EXACTEMENT l’accent sur ce rouage du corps humain (certes utile, je n’en disconviens pas), non. Cela revient – à mon sens – à casser la belle ligne de la jambe, et à déséquilibrer la silhouette.

Je suis anti-genou. Désolée.

“Pour le champ de bataille, la meilleure armure tu choisiras”

La règle est simple : que doit-on affronter dans la journée et que veut-on présenter ?

Si le programme se résume à une balade au parc avec les enfants, on évitera les talons aiguilles qui s’enfoncent dans l’herbe ou la pochette dans laquelle rien ne rentre, sauf son poudrier.

Si le programme se résume à une réunion de négociation difficile dans laquelle il faudra apparaître ferme, voire dure, on évitera les jeans et la tenue juvénile (car hélas, les poncifs ont la vie dure : les jeunes en jeans ne savent pas négocier, c’est bien connu).

“Dans ton temps tu seras si hors du temps tu resteras”

C’est tout bête. La meilleure manière de rester de son temps et d’éviter la ringardise est de porter des pièces intemporelles, hors du temps, qui passent haut la main le cycle des modes.

Ces pièces, quelles sont-elles ? Une belle petite robe noire, un pantalon noir bien coupé, une belle veste bien cintrée, un beau tailleur…

Les deux dénominateurs communs ? Ce sont les basiques d’une garde-robe et surtout, ils se doivent d’être de bonne qualité et de bonne facture.

En réalité, le seul commandement qui vaille et celui de trouver un style qui reflète sa personnalité. Et pour la peine, des photos qui n’ont strictement rien à voir, mais vous ne m’en voudrez pas, je le sais…

 

Robe DVF – Escarpins Stella Luna – Sac à main Chloé – Lunettes de soleil François Pinton