CHAPELLE EXPIATOIRE

Voici un monument parisien bien méconnu et qui mérite pourtant que l’on s’y arrête : la Chapelle Expiatoire dédiée à Louis XVI et Marie-Antoinette.

La genèse qui préside à l’érection de ce monument relève presque du roman.

« Le premier crime de la Révolution fut la mort du Roi, mais le plus affreux fut la mort de la Reine » pour Chateaubriand.

Dernier roi de France de l’Ancien Régime, Louis XVI est guillotiné sur la place de la Concorde le 21 janvier 1793, et son épouse Marie-Antoinette le 16 octobre de la même année, aux termes de simulacres de procès.

Leurs corps sont emportés vers le cimetière tout proche de la Madeleine et ensevelis dans une fosse commune, la tête entre les jambes.

Le romanesque s’invite alors au 48 rue d’Anjou, qui borde le cimetière de la Madeleine.

Là vit un avocat au Parlement de Paris, secrètement royaliste, Pierre-Louis-Olivier Descloseaux. Il note aussi scrupuleusement que possible l’identité de 1343 condamnés et l’emplacement où sont inhumés leurs corps entre 1792 et 1794. Parmi ces condamnés, le Roi et la Reine évidemment.

Pierre-Louis-Olivier Descloseaux arrive à acquérir le terrain sur lequel se trouve le cimetière et, pour circonscrire l’endroit où est enterré le couple royal, fait planter deux saules pleureurs et des cyprès.

En 1814, le frère de Louis XVI, Louis XVIII monte sur le trône, au terme d’une des périodes les plus troublées et les plus sanglantes de l’histoire de France. Dans une volonté probable d’offrir une sépulture décente à son frère et de restaurer pleinement le prestige monarchique, le nouveau roi se porte acquéreur du terrain sur lequel se trouve le cimetière de la Madeleine, retrouve les dépouilles de Louis XVI et de Marie-Antoinette grâce aux notes de Pierre-Louis-Olivier Descloseaux et les fait transférer à la basilique de Saint-Denis.

Débute en 1815 la construction par l’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine, de la Chapelle Expiatoire dédiée à Louis XVI et Marie-Antoinette, à l’endroit exact où furent ensevelis leurs dépouilles. La construction durera plus de dix ans.

L’ensemble de la Chapelle est surélevé et dérobé aux regards, car entièrement clos. Une fois passé le vestibule, le jardin intérieur ou Campo Santo (cimetière) découvre des pierres tombales symboliques, celles des Gardes Suisses tués lors de la déposition du roi Louis XVI.

 

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La Chapelle rappelle l’agencement du couvent de la Reine à Versailles.

 

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En dessous de la statue de Marie-Antoinette est gravé le texte déchirant de sa dernière lettre à la sœur de son mari.

C’est une mère qui écrit. Une mère de 37 ans, qui sait qu’elle sera guillotinée dans les heures qui viennent, laissant deux jeunes enfants aux bons soins de sa belle-sœur, alors qu’ils sont eux-mêmes emprisonnés. Une mère qui a été condamnée à mort lors d’une parodie de procès au cours duquel – pour renverser les réticences de certains juges à la condamner – elle s’est vue accuser d’inceste avec son fils de huit ans, qui a lui-même confirmé les faits sous la pression de ses geôliers.

 

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C’est à vous, ma sœur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère ; comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments.

(…).

J’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n’existois que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur : vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous ; dans quelle position je vous laisse !

J’ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille étoit séparée de vous.

(…)

J’espère qu’un jour, lorsqu’ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins.

Qu’ils pensent tous deux à ce que je n’ai cessé de leur inspirer, que les principes, et l’exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle, en feront le bonheur ; que ma fille sente qu’à l’âge qu’elle a, elle doit toujours aider son frère pour les conseils que l’expérience qu’elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils à son tour, rende à sa sœur, tous les soins, les services que l’amitié peut inspirer ; qu’ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union.

(…)

Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : qu’il ne cherche jamais à venger notre mort.

J’ai à vous parler d’une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant, doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l’âge qu’il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu’on veut, et même ce qu’il ne comprend pas (…).

Marie-Antoinette ignore lorsqu’elle rédige cette dernière lettre que sa belle-sœur et son fils mourront dans les deux années qui suivent. Seule survivra sa fille, libérée vers l’âge de quinze ans et si profondément marquée par sa détention, qu’on l’appellera la princesse aux yeux rougis.

 

 

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Dans la crypte se trouve un sarcophage de marbre noir, situé à l’endroit exact où se trouvait la dépouille de Louis XVI dans la fosse commune du cimetière de la Madeleine.

 

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La visite n’est pas follement festive, je vous l’accorde.

Mais le lieu est superbement serein, invite au recueillement grâce à un style architectural néo-classique sublime.

Y pénétrer permet d’appréhender une page capitale de l’histoire de France.

Le lieu, très méconnu et donc relativement déserté, est tristement romantique et offre une parenthèse pleine de plénitude bien étonnante au milieu du vacarme citadin.

 

 

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Chapelle Expiatoire – Paris – Website