L’ENVERS DU DÉCOR – LIVRE 3

Je me rends compte que je vous mens.

Je vous mens partiellement, pour être exacte. Et à l’insu de mon plein gré, en quelque sorte (pardon, j’adore les citations de sportifs).

Je m’en suis rendue compte récemment, en regardant ma trèèèèès harmonieuse mosaïque Instagram, qui, à bien y regarder, reflète une vie pseudo-parfaite (quoi que cela veuille dire).

Alors, oui : c’est bien moi en photo.

Oui, les tenues et bijoux et accessoires sont à moi.

Oui, ce sont des tenues que je porte selon l’occasion.

Mais ce que vous ignorez, c’est que je peux porter une robe longue du soir Marchesa Notte en débitant un nombre effarant de jurons avec un naturel tout aussi effarant.

Ce que vous ignorez, c’est que je peux avoir l’air absolument souverain dans la rue avec un sublime manteau Yves Saint Laurent, pour me casser la figure dans cette même rue et avec ce même manteau, et être la première à en rire.

Ce que vous ignorez, c’est que je peux rentrer à la maison, porter une tenue bien délicate (une jupe blanche par exemple) et jongler avec un petit prince de 7 ans qui a le vomito – de préférence sur moi – et une petite princesse de 3 ans qui a les doigts plein de chocolat – de préférence sur moi également.

Ce que vous ignorez en fin de compte, c’est que je galère autant que vous (enfin, peut-être vous en doutez-vous, du moins je l’espère) certains jours. Les mamans qui me croisent le matin n’ont aucune chance de croire que je tiens un blog dédié à la mode. D’ailleurs elles rigoleraient bien si on leur disait une telle énormité, vu ma tête à 8 heures 30 lorsque je dépose les enfants à l’école (entendez : sans crème de jour la majorité du temps, sans maquillage cela va de soi, dans mon vieux jean tout pourri et mes ballerines défoncées sans chaussettes alors qu’il fait 2 degrés).

A la maison, trois personnes de respectivement 17, 7 et 3 ans me parlent simultanément et en continu et je dois évidemment répondre à chacune sans délai. Il arrive que je réponde à tous dans la même phrase, et cela ressemble à un gloubiboulga qui inclut des Barbies ET des astéroïdes qui risquent de pulvériser la Terre ET des histoires de cœur adolescentes (autant vous dire que la réponse ne satisfait donc personne).

Je suis donc devenue schizophrène, j’hésite à acheter un bâton de parole, qui obligerait chacun à prendre son tour de parole, une fois le bâton en main.

Je suis devenue un peu magicienne aussi, puisque je sais faire plusieurs choses en même temps (je suis capable de rassurer un petit prince de 7 ans à 3 heures du matin ET de changer ses draps plein de vomito ET de ne pas vomir moi-même).

Je suis également devenue un tantinet asociale, puisque je n’ai pas le droit de sortir le soir (citons là le petit prince de 7 ans : “ah non, tu sors encore !” l’air profondément outragé – mot-clé : “encore”), alors que le dernier diner extérieur entre adultes remonte à… facile un bon mois.

Je trouve le travail bien plus reposant. Je me repais de technicité juridique et c’est excessivement excitant (surtout cette sensation de contrôle, que c’est bon). Parallèlement, chacun vient me faire part de ses problèmes (car je dois avoir la tête de la fille-avec-qui-on-peut-partager-ses-problèmes) et je fais part des solutions que j’entrevois à chaque difficulté (car je dois avoir la tête de la fille-qui-a-des-solutions-à-proposer. Pour autant, je ne vous assure pas de la viabilité de chaque solution proposée).

Pour résumer, à la maison, je suis l’esclave de trois personnes en devenir. Au travail, je ne suis l’esclave de personne, hein, parce que ça va bien, autant choisir son esclavitude (non, le mot n’existe pas, ne cherchez pas) et elle ne peut pas être partout.

Ce qui explique que je puisse sortir d’une réunion pendant laquelle j’aurais fait passer tous mes points de négociation et me faire avoir comme une banane une heure après par un troll de 3 ans qui aura bien négocié le dernier bonbon de la journée, alors même qu’on lui avait interdit.

Dans tous ces cas, comme dans tous les autres, j’essaye de réagir avec humour, car c’est la seule pirouette que j’ai pu trouver pour conjurer l’effet abrasif ou seulement bêtement ennuyeux du quotidien.

Même si je ne vous cache pas que cet humour n’est pas forcément accessible à tous.

Exemple :

Petit Prince de 7 ans, digne d’une pleureuse grecque antique :

“J’ai un bleu sur la jambe, aide-moi”.

(Sachant qu’on a déjà massé ledit bleu à l’arnica pendant de looooongues minutes)

Moi, me dirigeant vers la cuisine, prenant un couteau avec la mine la plus sérieuse possible :

“Je crois que la seule chose à faire est de couper la jambe, non ?”

(Mon fils comprend bien bien mon humour, donc il rit et relativise mais imaginez la tête des invités.)

Et tout est à l’avenant. Je me demande dans quelle mesure mes enfants ne seront pas totalement inadaptés au monde qui les attend.

Bref.

(Ce post n’a ni queue ni tête mais le message important à mes yeux, que voici, que voilà :)

Je me rends compte que je ne vous présente qu’une facette de ma vie, et c’est évidemment la plus facile à appréhender, celle qui est lisse. Loin de moi l’idée de vous prendre pour des sots, je voulais juste apporter un peu de joliesse et d’élégance à ce monde que je trouve souvent médiocre et égotique. Je sais que, comme moi, vous êtes pluri-dimensionnels, et que vous comprenez que l’humour peut s’immiscer dans le pire des moments-vomito, et que la grâce alterne souvent avec l’affreux, et c’est en général notre lot commun.

Bon courage à nous tous, ai-je envie de dire.

 

 

Marquis Paris - Le Flore en l'Ile janvier 2018

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