STYLE HAUSSMANNIEN

Quoi de plus emblématique de Paris que l’immeuble haussmannien ? Lorsqu’en 1853, Napoléon III charge le préfet Haussmann de moderniser Paris, une révolution architecturale se met en marche. Les vieux quartiers parisiens sont rasés au profit de larges avenues et boulevards, bordés d’immeubles uniformisés, de même hauteur d’étage et de mêmes lignes principales de façade, alignés, en pierre de taille. L’immeuble de rapport et l’hôtel particulier deviennent les éléments de grammaire de cette ville nouvelle.

Cette uniformisation d’immeubles aux éléments de décor similaires, sans retrait ni saillie, a certes été dénoncée par certains artistes et architectes – dont Charles Garnier – qui y voyaient une monotonie écrasante de monumentalité, mais c’est pourtant bien cette uniformisation qui donne de la cohésion à la ville – en un mot, son visage.

Haussmann, par ses travaux pharaoniques, a donné son visage actuel à Paris, a permis son assainissement, a fait construire tout un réseau invisible d’égouts et d’adduction d’eau, a installé un mobilier urbain bien utile, a disséminé des espaces verts partout dans la ville mais il ne faut pour autant pas oublier que ce nouveau visage s’est modelé dans la douleur. Les expropriations ont été légion afin de permettre la construction des nouveaux immeubles – 20.000 maisons ont été rasées afin d’en construire 40.000 entre 1852 et 1870 – et les montages financiers mis en place par le Ministre de l’Intérieur avec les frères Pereire afin de financer la construction de ce nouveau Paris ont abouti à manœuvres financières spéculatives qui ont ultimement entrainé un crack boursier en 1873. La mixité sociale de la ville a été durablement impactée par cette modernisation, que l’on parle de classes sociales pauvres ou fortunées ou que l’on parle de clivage entre un Est parisien délaissé par les travaux haussmanniens et un Ouest totalement remodelé par la volonté impériale. De facto, les populations plus démunies se sont concentrées vers l’Est de Paris et les plus aisées se sont concentrées à l’Ouest.

De fait, l’immeuble haussmannien est à l’époque, un parfait condensé de hiérarchie sociale. Le deuxième étage, toujours orné d’un balcon, était dit « l’étage noble », alors que les derniers étages étaient réservés au personnel de maison et aux personnes sensiblement moins aisées. Plus tard, l’insertion d’ascenseurs dans les immeubles et la poursuite de la luminosité ont fait des derniers étages les niveaux les plus recherchés.

Quoi qu’il en soit, l’immeuble haussmannien reste mon terrain de jeu photographique préféré, car il est facile de s’amuser avec les portes d’immeubles monumentales, les cages d’escalier aux tapis feutrés, les moulures qui ornent les murs, le parquet en pointe de Hongrie qui rythme le pas, les doubles portes à miroir qui permettent de jeux de lumières, les cheminées qui ponctuent majestueusement les pièces, et les balcons qui laissent filer le regard.