Parlons du musée Jacquemart-André, que j’aime infiniment car les lieux de vie transformés en musées me touchent toujours particulièrement.
Que ce soit à la Frick Collection de New-York, ou aux musées Nissim de Camondo et Jacquemart-André à Paris, j’admire toujours cette absolue volonté de créer de toute pièces un decorum frisant la perfection, que ce soit pour des raisons sociales ou privées.
En l’espèce, j’admire qu’un couple de la seconde moitié du XIXème siècle ait réussi à allier nécessité d’apparat social et sincère passion des beaux-arts.
Un couple totalement atypique pour son époque, d’ailleurs : Édouard André et Nélie Jacquemart.
C’est tout d’abord un couple tardif pour l’époque : Édouard André approche de la cinquantaine et Nélie Jacquemart, de la quarantaine.
C’est également un couple disparate : Édouard André vient d’une famille de riches banquiers protestants, a été député alors que Nélie Jacquemart, qui vient d’un milieu modeste et catholique, est une artiste-peintre reconnue par le Salon et qui vit de son art.
C’est à la faveur des arts qu’ils se rencontrent. Nélie Jacquemart, qui a déjà réalisé les portraits de Victor Duruy et d’Adolphe Thiers, est mandaté en 1872 par Édouard André pour réaliser son portrait. Celui-ci est, outre sa carrière politique et financière, un collectionneur d’art et le propriétaire de la “Gazette des Beaux-Arts”.
Neuf ans après avoir peint son portrait et alors qu’aucune liaison ne semble les unir, Nélie Jacquemart épouse Édouard André.
La vérité est qu’Édouard André est déjà bien malade. Il a contracté la syphilis et sa liaison avec une maîtresse bien vorace inquiète sa famille. Nélie Jacquemart, que l’on surnomme la Vierge à la Chaise et qui a entretenu une forte amitié avec Édouard André après la réalisation de son portrait, semble le meilleur parti pour le banquier auquel sa famille veut éviter scandale et spoliation – il se murmure que Nélie est la fille adultérine de Monsieur de Vatry, ami de la famille André. La seule certitude demeure dans l’attachement fort qui unira toujours Nélie Jacquemart et Madame de Vatry, notoirement stérile, qui protègera et encouragera toujours le goût des arts de l’artiste.
Bien que le contrat de mariage imposé par la famille André prévoie une séparation des biens, les deux époux joignent bientôt leurs collections respectives et les enrichissent d’année en année, au gré de leurs nombreux voyages en Europe, en Égypte et à Constantinople.
Nélie Jacquemart abandonne complètement la peinture pour se consacrer à sa nouvelle vie mondaine, faite de concerts et de réceptions qui ont lieu dans leur hôtel particulier du boulevard Haussmann, érigé par l’architecte Henri Parent.
Au décès d’Édouard André en 1894, Nélie Jacquemart dévoile un testament olographe qui fait d’elle l’héritière unique de la fortune de son mari. La famille d’Édouard André conteste ce testament, mais Nélie Jacquemart gagne le procès.
À sa mort en 1912, Nélie Jacquemart lègue l’ensemble de son patrimoine, qui se compose de l’hôtel particulier parisien et du domaine de l’abbaye de Chaalis à l’Institut de France.























Le 15 Avril 2016
