Florence est un musée à ciel ouvert, et pour cause : la Renaissance y est née. Le mécénat artistique que les Médicis y exerce pendant de longues décennies permet à des artistes comme Brunelleschi, Botticelli, Michel-Ange, Lippi ou de Vinci de déployer leur art au sein de la ville elle-même mais également à travers l’Europe.
De fait, la ville de Florence peut vite déborder le touriste étranger qui ne sait plus où donner de la tête.
Il faut dire que la ville regorge de merveilles architecturales et picturales et ce n’est pas pour rien qu’elle faisait partie de ce que l’on appelait autrefois le “Grand Tour”.
C’est Richard Lassels qui, dans son “Voyage en Italie” publié en 1670, utilise pour la première fois cette expression. Le terme devient si populaire qu’une autre expression sera inventée sur son modèle, le “Petit Tour” pour désigner une version raccourcie dont plusieurs étapes sont omises. Dans les deux cas, le point culminant de l’itinéraire est l’Italie, vue comme un musée à ciel ouvert où la quantité exorbitante d’œuvres d’art et le climat doux et ensoleillé constituent des attraits puissants.
Ce voyage éducatif, qui peut durer plusieurs années, est destiné à parfaire l’éducation des jeunes gens fortunés à l’issue de leurs études, alors essentiellement fondées sur les humanités grecques et latines.
Le Grand Tour est pratiqué par l’aristocratie britannique, allemande, française, néerlandaise, polonaise, scandinave et plus tardivement russe à partir des années 1760, et enfin américaine dès la seconde moitié du XVIIIème siècle.
Le Grand Tour, qui permet aux jeunes membres de l’aristocratie de devenir de “compleat gentleman” (ou de “compleate gentlewomen”, si j’en crois E.M. Forster dans “Avec Vue sur l’Arno” et Henry James dans “Portrait de Femme”) et de parfaire leur éducation, leur permet également de nouer des liens amicaux avec des individus de même rang social, promis au même type d’avenir diplomatique, militaire, politique ou commercial dans les autres pays.
Aux XVIIIème et XIXème siècles, le Grand Tour est toujours réalisé par les classes fortunées européennes et américaines mais il devient également l’apanage des amateurs d’art, des collectionneurs et des écrivains, dont Goethe et Alexandre Dumas.
Sans itinéraire officiel spécifique, le Grand Tour est généralement constitué d’étapes en France, en Suisse et en Italie – Paris, Lyon, Genève, Lausanne, Turin, Naples, Venise, Rome et bien évidemment Florence, qui bénéficie à l’époque d’une importante communauté anglo-italienne ravie d’accueillir les voyageurs de qualité. La Tribune des Offices, premier musée jamais créé qui réunit les chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture italiennes, est une étape incontournable.
À leur retour, le voyage a une fonction sociale : il constitue un élément de reconnaissance et d’ascension sociale, il corrobore les moyens financiers et la culture du voyageur. Le but du voyage n’est pas tant d’aller voir d’autres cultures ou de se forger une culture propre, mais plutôt d’aller voir ce qui doit être vu, de se forger une culture commune et de forger des liens sociaux autour de cette culture commune. L’important est de pouvoir au retour évoquer des anecdotes, des souvenirs et des connaissances communes – ce qui explique pourquoi l’aristocratie visite toujours les mêmes lieux.
Au cours de leur Grand Tour, les jeunes gens achètent, suivant leurs moyens, des pièces d’art et d’antiquités ou font peindre leur portrait et ces souvenirs, disposés dans leurs demeures, rappellent aux visiteurs que leurs hôtes ont eu le privilège de voyager aux sources du monde civilisé.
Le Grand Tour est aujourd’hui, de manière fractionnée, l’apanage des touristes en recherche d’histoire et d’art – dont je fais, on l’a bien compris, partie.
Le 1er Mai 2026
