LA GRANDE BELLEZZA

“La Grande Bellezza”, réalisé par Paolo Sorrentino en 2013, suit les déambulations romaines d’un journaliste vieillissant, Jep Gambardella (interprété par Toni Servillo). Les errements de Jep sont autant physiques que métaphysiques. Lui qui était vu dans sa jeunesse comme un ultra-mondain séduisant et brillant n’a finalement produit qu’un seul et unique livre et n’a plus jamais écrit en quarante ans.

Toujours aussi mondain, son intelligence s’est teintée de mélancolie, alors qu’il court de soirée en soirée dans une capitale italienne qui semble, malgré sa folle beauté, totalement désincarnée.

Il faut dire que le microcosme dans lequel Jep évolue est tout aussi désincarné. Les soirées auxquelles il est invité sont d’un mortel ennui lorsqu’elles ne sont pas tout simplement ridicules de pédanterie et de suffisance.

Oscar du Meilleur Film International 2014, “La Grande Bellezza” fait écho à un autre film, Palme d’Or 1960. Comment ne pas en effet penser à “La Dolce Vita” de Fellini ? Les similitudes entre les deux films sont criantes et on ne peut s’empêcher de voir dans le personnage de Jep Gambardella la figure vieillissante de Marcello Rubini (interprété par Marcello Mastroianni), qui déambule lui aussi de soirée en soirée en sa qualité de journaliste mondain. Marcello, qui évolue dans une Rome en plein miracle italien, ouverte aux changements sociétaux des années 50 qui offrent plus de confort matériel, fait écho à Jep, qui, de manière évidente, a profité pleinement de ce miracle économique qui s’est mué dans les années 2010 en un post-capitalisme achevé qui gangrène même l’art contemporain. Ils se sont tous deux fourvoyés dans la facilité, dans la vie matérielle et dans le monde des apparences, au détriment de leur propre humanité.

Les deux films, structurés en autant d’épisodes que de rencontres, mettent en scène deux personnages masculins certes séduisants et cultivés mais incapables de révolutionner leurs vies. Derrière le cynisme et l’ironie qu’ils trainent à travers toute la ville, Marcello est triste, Jep est mélancolique et leurs vies semblent bien vides de sens. Ils ont tous deux été dotés d’un réel talent, qu’ils ont gâché, peut-être par paresse, peut-être par futilité. Ils sont tous deux lucides sur la fausseté du monde qui les entoure mais cette lucidité ne leur sert en rien.

Rome, qui est l’autre personnage principal des deux films, est le théâtre sublime, décadent et vide d’un microcosme bourgeois qui exécute sans joie un ballet sans âme.

L’histoire, l’art et les monuments qui entourent les protagonistes des deux films ne servent que d’éléments décoratifs vides de sens et les figures religieuses, les rituels et les symboles sacrés sont aussi ravalés au rang de spectacle ou d’éléments de langage qui n’atteignent plus personne.

La fête permanente est quant à elle est l’exutoire qui permet d’éviter toute réflexion relative à la vie, à la mort et au sens que l’on y apporte. Les personnes sont devenues personnages de théâtre et la partition continue d’être jouée – même sans âme, même sans cœur.

NDLR. “La Dolce Vita” met en scène l’emblématique fontaine de Trevi, mais c’est, par un effet de miroir tout à fait voulu, la fontaine de l’Acqua Paola que Sorrentino met en scène d’ouverture de “La Grande Bellezza”. Me voici donc devant cette magnifique fontaine, bien moins bondée que la fontaine de Trevi (et également devant le monument à Giuseppe Garibaldi qui offre une vue spectaculaire sur Rome).

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Photographies de ma petite personne par Haizea Mariti

Le 27 Février 2026