L’exposition proposée par l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 11 janvier 2026, “Le Mystère Cléopâtre”, s’attache à départir la réalité historique de la légende de Cléopâtre.
Alors qu’aucune biographie antique de celle que l’on considère comme la dernière reine d’Égypte n’existe, la notoriété de Cléopâtre n’a pourtant cessé de croitre au fil des siècles pour finalement habiter notre imaginaire collectif.
Cléopâtre VII Théa Philopator naît en 69 avant Jésus-Christ à Alexandrie, alors capitale de l’Égypte ptolémaïque. Elle est issue de la dynastie lagide née du général macédonien Ptolémée, fils de Lagos – dynastie qui règne sur l’Égypte de 323 à 30 avant Jésus-Christ et dont les souverains prennent le titre de roi et de pharaon.
À la mort de son père en 51 avant Jésus-Christ, Cléopâtre monte sur le trône aux côtés de son jeune frère Ptolémée XIII, avec qui elle est contrainte de se marier selon la tradition dynastique. Mais le pouvoir reste conflictuel : les deux co-régents s’opposent, et Cléopâtre est chassée du pouvoir en 48 avant Jésus-Christ.
Elle revient grâce à l’aide de Jules César, arrivé à Alexandrie pendant sa campagne en Égypte. Séduit par son intelligence et son charisme, César la soutient militairement. Ensemble, ils écrasent les partisans de Ptolémée XIII, qui meurt noyé.
Cléopâtre retrouve le trône, cette fois avec un autre de ses frères, Ptolémée XIV, qu’elle épouse également. Elle a bientôt un fils avec César, Ptolémée XV surnommé Césarion, et rend visite à César à Rome en 46 avant Jésus-Christ, ce qui choque certains Romains. Après l’assassinat de César en 44 avant Jésus-Christ, elle rentre à Alexandrie.
Peu après, elle fait assassiner son frère Ptolémée XIV et place son fils Césarion sur le trône comme co-régent. Dans les années qui suivent, Cléopâtre s’allie à Marc Antoine, l’un des triumvirs romains, rival d’Octave (le futur empereur Auguste). Elle devient la maîtresse de Marc Antoine et a avec lui trois enfants.
Le couple forme une alliance politique et amoureuse forte. Marc Antoine partage ses territoires avec elle, ce qui provoque la colère de Rome. En 31 avant Jésus-Christ, les troupes d’Octave battent celles de Marc Antoine et de Cléopâtre à la bataille d’Actium.
L’année suivante, Octave entre en Égypte. Marc Antoine se suicide, suivi peu après par Cléopâtre, qui choisit de mettre fin à ses jours en 30 avant Jésus-Christ pour éviter d’être capturée et humiliée à Rome. Elle a 39 ans.
Avec sa mort, l’Égypte perd son indépendance et devient une province de l’Empire romain. Son fils Césarion est capturé puis exécuté sur ordre d’Octave tandis que les trois enfants de Marc Antoine et de Cléopâtre sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, l’épouse de Marc Antoine.
Cléopâtre est considérée comme la dernière reine d’Égypte, non pas parce qu’elle est la dernière femme à régner, mais parce qu’elle est le dernier souverain indépendant du royaume d’Égypte avant son annexion définitive par Rome. Elle est célébrée de son temps pour sa culture (elle parle plusieurs langues, dont l’égyptien, ce qui est rare chez les Ptolémées), son intelligence politique, sa diplomatie et son habileté à défendre l’autonomie de son royaume face à la puissance romaine. Le royaume d’Égypte et sa capitale Alexandrie deviennent sous son impulsion l’épicentre du monde hellénistique, constituant un important lieu d’études, d’échanges et de commerce. La politique de réformes menée par Cléopâtre enrichit son pays, qui connait la paix pendant les vingt années de son règne.
Pourtant, une légende noire va bientôt s’attacher à sa personne, que l’on doit à des écrivains romains au diapason d’une propagande augustéenne comme Plutarque, Suétone et Appien. Elle est dépeinte sous les traits d’un fatale monstrum incarnant la luxure et la corruption.
Elle est présentée comme l’adversaire malfaisant de Rome et le mauvais génie de Marc Antoine.
Elle fit d’Antoine l’ennemi de sa patrie par la corruption de ses charmes amoureux.”
Flavius Josèphe
La légende noire lancée par la propagande augustéenne est bientôt relayée par les poètes comme Horace, Properce et Lucain et les historiens romains comme Tite-Live et Dion Cassius. Femme de tête séductrice, Cléopâtre met en danger la virilité et la virtus romaine ; étrangère d’origine grecque aux mœurs orientales, elle incarne la débauche et la luxure que dénonce la pudicitia romaine.
Aux yeux de la morale romaine, Cléopâtre restera à jamais la prostituée de César. Même si elle est reine en son royaume, elle est censée incarner une conquête romaine éclatante qui ne saurait souffrir qu’une esclave offre une descendance à César. Pline la surnommera même la regina meretrix, la “reine putain”.
Ces sources biaisées influenceront durablement l’historiographie et le suicide de Cléopâtre ne fera qu’ajouter à sa légende noire. Plutarque dresse un récit mélodramatique du suicide de la reine – récit qui restera longtemps dans les esprits : avec ses deux plus fidèles servantes Iras et Charmion, Cléopâtre se donne la mort en se faisant porter un panier de figues contenant des serpents venimeux. On ne connait hélas pas exactement les circonstances de la mort de la souveraine. Pour certains historiens, la morsure d’un cobra d’Amon-Rê dénoterait l’attachement de la reine aux traditions égyptiennes car la morsure de ce serpent confèrerait l’immortalité et la divinité à sa victime. Pour d’autres historiens, le récit est invraisemblable et Octave aurait en réalité fait exécuter Cléopâtre. D’autres enfin pensent que le poison aurait été utilisé grâce à une pommade toxique qu’elle se serait appliquée. Le poison le plus connu à l’époque est en effet un mélange d’opium et de ciguë et aurait pu être placé dans une épingle à cheveux maintenant le diadème souvent orné d’un double cobra… d’où la confusion avec de très réels animaux placés dans une corbeille de fruits. De fait, son suicide est maint fois peint, et toujours sous les mêmes canons : la corbeille de fruits, les serpents.
Le mythe prend bientôt le pas sur la réalité historique. Enluminures, dessins, peintures, sculptures, romans et pièces de théâtre et d’opéra diffusent rapidement la légende d’une Cléopâtre légendaire. Sarah Bernhardt l’incarne sur les planches dans “Cléopâtre” de Victorien Sardou, Liz Taylor sur grand écran dans la superproduction pompeuse de Joseph L. Mankiewicz de 1963.
À l’époque moderne, sa stature est à présent récupérée par la communauté africaine-américaine comme cheffe d’État africaine et par les mouvements féministes qui voient en elle une femme de pouvoir ayant su imposer sa voix.


Relief représentant probablement la bataille navale d’Actium – Époque romaine

Cabanel – Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort – 1883

Fontana – Cléopâtre – Circa 1585


Rixens – La Mort de Cléopâtre – 1874

Rivalz – La Mort de Cléopâtre – 1700-1715

Lagrenée l’Ainé – La Mort de Cléopâtre – 1774



Sarah Bernhardt en Cléopâtre


Costumes de scène pour l’opéra


Costume du film de 1963


Costume du film “Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre”


Barbara Chase-Riboud – “Cleopatra’s Chair” – 1994
Le 19 Décembre 2025
