NOTRE-DAME DE PARIS

La cathédrale Notre-Dame de Paris revient, comme on le sait, de loin – de très loin. Ravagée par un violent incendie le 15 avril 2019, l’édifice perd cette nuit-là son immense charpente de bois médiévale surnommée “la forêt”, sa toiture de plomb et sa flèche de 96 mètres qui, en s’écroulant, traverse la voûte du transept. Les dégâts sont colossaux, pourtant la structure même a résisté.

Alors que l’incendie n’est pas encore totalement éteint, le Président de la République évoque la question de la reconstruction de la cathédrale et nomme dès le 17 avril 2019 le très compétent Général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d’état-major des armées décédé en 2023 sans voir l’heureuse résultat de son implication  – en promettant une réouverture de l’édifice en 2024.

Le chantier fédère plus de 250 entreprises et des donations s’élevant à plus de 846 millions d’euros récoltés grâce à une souscription nationale.

La première phase du chantier, consacrée à la sécurisation et à la consolidation du monument, débute juste après l’incendie et se déroule dans un décor apocalyptique : l’échafaudage qui était en cours d’installation au moment de l’incendie visant à restaurer la flèche est en partie fondu et menace de s’effondrer et d’emporter avec lui ce qui reste de la cathédrale.

Le principe d’une restauration à l’identique est acté et le projet de reconstruction privilégie une reconstruction de la cathédrale dans son dernier état complet, cohérent et connu et une restitution à l’identique des charpentes dans leur état du XIXème siècle pour le transept et la flèche, et dans leur état médiéval pour la nef et le chœur.

Les travaux sur le bâti débutent pendant l’été 2022, avec la reconstruction des voûtes effondrées et la consolidation des maçonneries fragilisées. L’année suivante, la charpente médiévale – la fameuse forêt – est refaite à l’identique en chêne. En décembre 2023, la flèche se dresse de nouveau à 96 mètres de hauteur. En 2024, la voûte de la croisée du transept est achevée. En novembre 2024, les huit cloches du beffroi Nord sont réinstallées après avoir été nettoyées.

Pendant ces cinq ans de restauration, un autre chantier est mené, celui des collections. Les statues et décors sculptés sont dépoussiérés, réparés et parfois restaurés. Concernant les vitraux, ils ont été miraculeusement épargnés, ce qui n’empêche pas leur nettoyage par les maîtres-verriers. La restauration des décors muraux permet de retrouver des motifs de fleurs de lys dorés datant du Moyen Âge, inconnus jusque-là.

Rouverte au culte et à la visite le 8 décembre 2024, la cathédrale retrouve la blancheur oubliée de sa pierre et est plus lumineuse et colorée qu’elle n’a jamais été à l’époque moderne.

Certains visiteurs se sont offusqués sur les réseaux sociaux de la luminosité et de la chatoyance des couleurs de l’intérieur de la cathédrale, regrettant une modernité de mauvaise aloi peu propice au recueillement spirituel.

C’est oublier un peu vite que Notre-Dame, qui a été construite au XIIème siècle puis modifiée au XVIIIème siècle, est restaurée – grâce à l’engouement renouvelé pour l’édifice par le roman de Victor Hugo – entre 1845 et 1867 par Eugène Viollet-Leduc lors d’une campagne de restauration elle-même très controversée à l’époque.

La Révolution a en effet laissé la cathédrale dans un état de délabrement avancé et Viollet-Leduc ajoute à l’édifice une flèche qui n’existait plus depuis la fin du XVIIIème siècle, construit une sacristie et y incorpore des éléments et motifs inédits.

La rosace Sud est pivotée de quinze degrés afin de consolider l’ensemble dont la maçonnerie s’était affaissée.

Quelques statues sorties de l’imagination de Viollet-Leduc sont édifiées, telles les chimères de Notre-Dame qui contemplent Paris du haut de la façade.

Des vitraux colorés du XIIIème siècle détruits sous Louis XV par les chanoines qui les jugeaient trop sombres sont pastichés par les maîtres-verriers et placés au niveau du chœur de la cathédrale.

Sur la façade, il remet en place le trumeau – le pilier central soutenant le portail du Jugement Dernier – qui avait été amputé pour faciliter le passage des processions.

L’œuvre de Viollet-Leduc est longtemps vue comme un ensemble de restaurations arbitraires et extravagantes et l’expression “faire du Viollet-le-Duc” a longtemps des connotations péjoratives. La basilique Saint-Sernin de Toulouse est par exemple “dé-restaurée” en 1996 pour revenir à l’état précédant les restaurations de Viollet-Leduc – mais la réalité est que ses restaurations sauvent souvent de la ruine ou de l’écroulement de nombreux édifices.

Aujourd’hui, Notre-Dame de Paris retrouve probablement l’éclat qu’elle avait en 1867. Pour être tout à fait honnête, ce n’est ni la luminosité ni la chatoyance des couleurs de l’intérieur de la cathédrale qui empêchent le recueillement spirituel. C’est plutôt l’afflux des nombreux touristes qui déambulent tout autour des fidèles, puisque la visite est autorisée pendant les offices.

NDLR. Ne tentez même pas – à l’heure où j’écris – de réserver votre billet de visite sur le site Internet de Notre-Dame de Paris. Aucun créneau n’est disponible. La visite est gratuite et il vaut mieux y aller, sans billet, le matin très tôt ou le soir très tard.

Châsse-reliquaire conçue par l’architecte et designer Sylvain Dubuisson pour la Couronne d’épines

Mille-cinq-cents chaises ont été dessinées par Ionna Vautrin et produites par le fabricant Bosc, dans les Landes

L’autel, l’ambon, la cathèdre, le tabernacle et le baptistère ont été conçus en bronze par Guillaume Bardet

Notre-Dame de Paris

Le 28 Mars 2025