EXPOSITION – CHIHARU SHIOTA

L’œuvre poétique de l’artiste japonaise Chiharu Shiota est présentée au Grand Palais jusqu’au 19 mars 2025 dans une exposition intitulée “The Soul Trembles”.

Co-organisée avec le Mori Art Museum de Tokyo, cette exposition est la plus importante jamais consacrée en France à l’artiste. Mondialement reconnue pour ses installations monumentales, Chiharu Shiota, qui est née à Osaka en 1972, produit depuis le milieu des années 90 des installations de fils de laine entrelacés, créant des enchevêtrements graphiquement spectaculaires.

Dès ses premières expositions, la peau et le corps jouent un rôle fondamental dans son œuvre. Lors de performances, Chiharu Shiota se roule nue dans la boue ou s’enduit de laque rouge, comme couverte de sang. En 2001, elle se fait remarquer à la triennale internationale d’art contemporain de Kanagawa avec des robes géantes trempées dans de la boue (“Memory of skin”) et suspendues, telles des peaux vides laissées après une mue.

Le corps, c’est aussi l’immatérialité des sentiments. Une grande partie du travail de Chiharu Shiota est axée sur la connexion et l’émotion. Les fils expriment la complexité des émotions humaines, celle des rêves, celles des relations entre les êtres et celles des tissus, des veines et des nerfs du corps humain. Individuellement inopérants, ces fils envisagés en réseaux incarnent la vie.

Les objets du quotidien sont enveloppés de fils, symbolisant les liens entre l’intime et l’universel.

Elle explore également les notions de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve.

Il faut dix longues journées pour tisser l’une de ces nuées de fil, refaites in situ pour chaque exposition, puisqu’elle est itinérante. Pourtant, ces œuvres immersives et expressives semblent jaillir instantanément sous nos yeux. Selon ses propres mots, l’artiste a trouvé le moyen de peindre en trois dimensions et de déployer ses sentiments dans l’espace.

“Uncertain Journey”. De grandes barques en métal jaillissent de 280 kilomètres de fils de laine rouge : c’est onirique, étonnant et enchanteur

“In silence”. Inspirée par un incendie dont elle fut témoin enfant, Chiharu Shiota envahit la pièce d’un réseau complexe de 200 kilomètres de fils en Alcantara (un cuir artificiel doux et velouté) d’un noir de suie. Telles des toiles d’araignée, ces derniers emprisonnent un piano calciné et des rangs de chaises vides, vestiges d’une salle de récital abandonnée. À moins qu’ils n’incarnent justement l’âme réprimée de ces objets, le fantôme de la musique tentant de s’extraire d’un silence imposé

“Reflection of Space and Time”. La peau humaine est recouverte d’autres peaux, comme le vêtement et l’espace de vie

“Inside-Outside” présente une installation entièrement constituée de cadres de fenêtres usagés collectés par l’artiste sur les chantiers de construction de Berlin-Est

“Accumulation – Searching For The Destination”. La valise pose la question de ce que l’on emporte, de la mémoire du chez-soi, de la mémoire affective et de l’exil

“Accumulation – Searching For The Destination”

“Where Are We Going?”. Des barques enserrées de fils blancs prennent l’allure d’ailes d’anges. Le blanc se démarque des autres installations qui sont faites de fils rouges et noirs et symbolise la pureté, la page vierge et blanche d’un nouveau départ

Chiharu Shiota

Le 17 Janvier 2025