CASA DE PILATOS – SÉVILLE

La Casa de Pilatos est un palais aristocratique des XVème et XVIème siècles de toute beauté, lové au milieu de l’ancien quartier juif de Séville. Le nom de la demeure, qui peut surprendre puisqu’il se traduit par “la maison de Pilate” et qu’il n’a rien à voir avec le nom des propriétaires historiques, les Enriquez-Ribera, fait référence à un voyage à Jérusalem de Fadrique Enríquez, qui aurait reproduit à Séville le palais de Pilate dans la Ville Sainte.

Comme toujours dans l’architecture andalouse, l’austérité des murs d’enceinte extérieurs ne laissent en rien deviner l’extrême raffinement des lieux intérieurs. Bâtie autour de plusieurs patios, la Casa de Pilatos marie harmonieusement les styles mudéjar, gothique et Renaissance, à tel point que beaucoup y voient le prototype même du palais sévillan.

À la fin du XVème siècle, la ville de Séville connaît un développement considérable : idéalement située sur l’estuaire du fleuve Guadalquivir, la ville devient le port exclusif du commerce vers le Nouveau Monde qui ouvre à l’Espagne des perspectives d’enrichissement phénoménal. Parmi l’aristocratie andalouse qui profite de cet essor économique, l’adelantado mayor bénéficie d’une position privilégiée puisqu’il est le représentant du roi dans la région. Don Pedro Enríquez est devenu adelantado mayor en épousant Catalina de Ribera en 1474. Le couple, qui souhaite une demeure à la hauteur de sa position sociale, commence à faire bâtir un palais sur un terrain situé à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de la ville. Le palais n’est alors connu que sous le nom de Palacio de la collación de San Esteban.

La volonté forcenée d’acquisition de terrains de Pedro Enríquez et Catalina de Ribera explique, dans une zone pourtant très fortement urbanisée, la formidable extension du palais et de ses dépendances, à tel point que la surface de la demeure fait de celle-ci le second ensemble résidentiel de la cité, après l’Alcázar. Le décès de Pedro Enríquez en 1492 ne freine aucunement l’expansion de la demeure : doña Catalina, qui est devenue l’un des personnages les plus influents de la ville, poursuit l’édification du palais et achète de nouvelles parcelles. À sa mort en 1505, la première phase de construction s’achève, laissant un fort témoignage gothico-mudéjar.

La deuxième phase de travaux, qui est la plus déterminante, est menée par le fils du couple Enríquez-Ribera, Fadrique Enríquez. Il poursuit la politique expansionniste de ses parents en acquérant de nouvelles parcelles. Après un voyage en Terre Sainte entre 1518 et 1520 qui lui fait traverser l’Italie, don Fadrique procède à des modifications importantes au sein de la demeure : les premiers apports italianisants, témoignant d’une transition des styles gothique et mudéjar vers le style Renaissance, apparaissent et la fontaine, les premières colonnes et les azulejos du patio central sont installés.

Au décès de Fadrique Enríquez – qui meurt sans héritier – s’ouvre la troisième phase de construction. Son neveu Pedro Afán de Ribera se consacre pour l’essentiel aux jardins et au patio.

Même si le palais subit depuis divers aménagements, son organisation générale et son architecture ne sont guère altérées depuis, sachant que la Casa de Pilatos est restée depuis plus de cinq siècles dans le patrimoine de la famille Enríquez-Ribera et ses descendants.

Depuis 1980, la Fondation Casa Ducal Medinaceli se charge de la protection du patrimoine historico-culturel de l’ensemble palatin, classé monument national en 1931.

En 1490, Pedro Enríquez et Catalina de Ribera font une nouvelle acquisition de terrains autour de la propriété originelle. Cette fois-ci, les terrains ne servent pas à agrandir la résidence, mais à ouvrir une esplanade devant la porte principale du palais, afin de donner une perspective à la façade. Les murs sont certes encore austères – comme le veut la tradition musulmane de réserver la richesse aux intérieurs – mais la porte monumentale en bois et le portail en marbre sculpté sont produits à Gênes entre 1529 et 1535.

Le patio principal est le cœur du palais et donne accès aux parties résidentielles. De par sa composition, le patio est de style Renaissance, il présente toutefois de remarquables éléments mudéjars et gothiques. Autour de la cour centrale carrée courent deux séries d’arcs réparties sur deux niveaux et ouvrant chacune sur une galerie donnant accès aux pièces.

Le premier niveau d’arcades entoure complètement la cour. Le deuxième niveau d’arcades, à l’étage supérieur, n’entoure que trois côtés de la cour. Une balustrade ajourée de style gothique court tout le long de ce deuxième niveau.

Au centre de la cour, pavée de dalles de marbre, trône une fontaine italianisante en marbre à double vasque. Deux statues d’Athéna ornent les angles de la cour.

Les murs des galeries de la cour sont ornés de remarquables azulejos.

À l’instar de la plupart des demeures andalouses de ce type, la Casa de Pilatos est pourvue de jardins. Ceux-ci révèlent une conception plutôt intimiste des espaces de verdure, et servent d’écrin à des espèces végétales variées.

Le grand jardin est le plus vaste et le plus ancien. En dépit de quelques retouches effectuées dans les années 1850, il conserve en grande partie son aspect originel. Organisé autour d’une fontaine, il est dominé par une galerie et une loggia.

Le petit jardin est beaucoup plus récent, du début du XXème siècle.

L’escalier, construit à l’époque de Fadrique Enríquez, structure la résidence et son double usage : les pièces du rez-de-chaussée sont dédiées aux activités publiques, celles du premier étage sont réservées aux activités privées. L’originalité de ce monumental escalier réside dans l’association d’une grande variété d’azulejos aux couleurs très diverses.

Renonçant à la tradition musulmane des édifications de plain-pied, le projet d’origine de Pedro Enríquez et Catalina de Ribera inclut un premier étage dédié aux activités privées. Agrandi et redécoré par leur fils entre 1526 et 1539, le premier étage répond aux nouvelles exigences de commodité de la noblesse.

Le Salon de la Tour

La salle à manger

Le fumoir

Un salon privé

La loggia donnant sur le petit jardin

Un second salon privé

Le Salon des Fresques, qui abrite des fragments de murs de style Renaissance à thème mythologique redécouverts au XXème siècle

Le niveau supérieur des colonnades du patio central, avec la balustrade de style gothique

L’alliance parfaite et raffinée des styles mudéjar, gothique et Renaissance qui parcourt l’ensemble de la Casa de Pilatos en fait un ensemble architectural et décoratif de toute splendeur.

Casa de Pilatos

Le 25 Octobre 2024