Il est de prime abord étonnant de voir à Londres l’une des premières collections mondiales d’arts décoratifs français – certains meubles sont d’ailleurs d’origine royale – mais les dessous de l’Histoire expliquent parfaitement les liens qui ont uni le Royaume-Uni et la France et qui ont présidé à l’élaboration de la collection Wallace.
La collection prend naissance vers 1760 sous l’égide de Francis Seymour Conway, premier marquis d’Hertford, mais est considérablement étoffée par son descendant Richard Seymour Conway et son fils naturel Richard Wallace.
Richard Wallace nait à Londres en 1818, de Richard Seymour Conway et d’Eliza Wallace – de famille noble mais pauvre. L’enfant n’est pas reconnu par son père – il portera d’ailleurs toute sa vie le nom de sa mère – mais il est élevé par sa grand-mère paternelle, qui l’emmène rapidement vivre à Paris.
En 1840, Richard rencontre Charlotte Castelnau, fille d’un ancien officier de l’armée française, qui met rapidement au monde un enfant que Richard ne reconnaitra qu’à la mort de son propre père, Edmond-Richard.
En 1842, Richard commence à se faire connaître parmi les collectionneurs d’art parisiens. Son propre père en fait bientôt son bras droit pour ses affaires en France – qui concernent notamment l’achat de pièces d’art – et Richard, les années venant, ne se consacre plus qu’à la gestion des biens de son père, qui possède notamment le domaine de Bagatelle.
Lord Hertford décède à Bagatelle en 1870. Célibataire, il désigne Richard comme son unique héritier d’une immense fortune et d’un important patrimoine foncier français, irlandais et anglais doté de pièces de mobilier inestimables.
Richard Wallace est peut-être un héritier et un collectionneur, mais il est également un philanthrope.
Il vit à Paris et voit les horreurs qui déciment sa patrie d’adoption. Il participe sous forme de dons à la Société de Secours aux Blessés Militaires des armées de terre et de mer lors du déclenchement de la guerre franco-prussienne en 1870. Il verse d’importantes sommes en faveur des démunis via le Trésor Public. Il finance la construction de l’Hertford British Hospital à Levallois-Perret. Ses actions caritatives lors du siège de Paris lui vaudront la Légion d’Honneur en France et le titre de baronnet en Angleterre.
Richard épouse enfin Charlotte – et reconnait leur fils – et décide de s’établir à Londres en 1872. Il y fait transporter ses pièces d’art acquises à Paris afin d’accroître sa notoriété auprès des notables britanniques.
Au même moment sont installées à Paris les fontaines Wallace que nous connaissons encore aujourd’hui. La ville de Paris a souffert de la guerre franco-prussienne et de la Commune – et il est important que sa reconstruction soit rapide. De nouveaux bâtiments, comme le Sacré-Cœur, sont construits, de nouveaux boulevards sont percés et les philanthropes financent largement ces initiatives.
Richard Wallace est l’un d’eux – et il est plutôt discret. Le siège de Paris et la Commune ont détruit de nombreux aqueducs et le prix de l’eau s’est envolé. La tentation du marchand de vin est grande chez les plus démunis. Richard Wallace participe au financement des “brasseries des quatre femmes” – ces belles fontaines vertes surmontées de quatre cariatides – en partenariat avec la ville de Paris, afin d’offrir des points d’eau gratuite aux Parisiens.

La première fontaine Wallace est installée en août 1872 sur le boulevard de la Villette, et le nombre considérable de Parisiens présents créé une bousculade effrénée.
La collection Wallace ne cesse, en parallèle, de s’accroître. Des peintures et des manuscrits du Moyen-Âge et de la Renaissance viennent encore embellir les collections existantes.
Son fils Edmond-Richard décède en 1887 et Richard, qui reviendra vivre au château de Bagatelle, y mourra trois ans plus tard.
Sa veuve Charlotte, unique héritière, résidera entre Paris et Londres – où la haute-société ne l’acceptera jamais complètement – et lèguera en 1894 par testament à la nation britannique Hertford House et ses quelques 5.500 objets présentés dans vingt-cinq galeries.
Le domaine de Bagatelle sera racheté par la ville de Paris.
Pour autant, la collection Wallace est toujours abritée au sein de Hertford House et présente aujourd’hui un vaste panorama de l’art du XIVème au XIXème siècle.


























Le 11 Octobre 2024
