Puisqu’il faut tristement prendre acte de la disparition de la très magnétique Anouk Aimée, décédée le 18 juin 2024, consolons-nous en revisionnant un monument du cinéma français : “Un Homme et une Femme”.
Le film, réalisé par Claude Lelouch, remporte la Palme d’Or du Festival de Cannes en 1966 et les Oscars du Meilleur Film Étranger et du Meilleur Scénario Original en 1967.
La réalisation du film succède pourtant à une période difficile pour Claude Lelouch. Absolument déprimé par l’échec retentissant de son précédent film “Les Grands Moments” en 1965, il décide de fuir Paris et roule à tombeau ouvert vers Deauville. Sur la plage, il voit de loin une femme qui semble très belle accompagnée d’une petite fille. Il ne l’accostera pas mais se met à imaginer la vie de cette belle inconnue et file au café du coin coucher sur papier la trame de ce qui va devenir le scénario d’“Un Homme et une Femme” en trois heures.
L’histoire en est simple : un homme, Jean-Louis, rencontre à Deauville une femme, Anne, grâce à leurs enfants respectifs qui y sont en pensionnat. Anne a manqué son train pour rentrer à Paris et Jean-Louis se propose de la raccompagner en voiture.
Ça vous arrive souvent de rater votre train ?” “Oui, assez.”
Il est coureur automobile, elle est script-girl mais le malheur du veuvage les réunit et la tristesse et la solitude les habitent. Ils s’attirent, se séduisent, se repoussent, s’aiment et cet amour naissant lutte contre leurs deuils respectifs.
Claude Lelouch souhaite raconter une “histoire d’amour comme il y en a dans la vie et non comme il y en a au cinéma”. De fait, une grande latitude est laissée aux acteurs, dont la spontanéité éclate. Pour incarner Jean-Louis, le choix de Claude Lelouch se porte tout de suite sur Jean-Louis Trintignant – qui partage avec son personnage son prénom mais également sa passion pour l’automobile – mais il n’en va pas de même pour l’actrice principale : le réalisateur subit la rebuffade de Romy Schneider et c’est Jean-Louis Trintignant qui propose le nom d’Anouk Aimée pour incarner Anne.
Contrairement au réalisateur et à l’acteur masculin principal du film, Anouk Aimée est déjà une star et une icône de la Nouvelle Vague, qui a joué dans “La Dolce Vita” de Fellini et dans “Lola” de Demy. Elle arrive sur un tournage à très petit budget, avec une équipe réduite de dix personnes, qui frise l’amateurisme. Faute de moyens, le tournage est bouclé en trois semaines – la moyenne à l’époque étant plutôt de huit semaines – et la pellicule noir et blanc alterne avec la pellicule couleurs – Lelouch n’ayant pas l’argent nécessaire pour réaliser la totalité de son film en couleurs.
Anouk Aimée trouve l’amour dans les bras de Pierre Barouh qui incarne son mari décédé – et qui signe les paroles de la chanson maintenant mondialement connue, “Un homme et une femme” dont la suite d’onomatopées “Dabadabada” a étonnamment été transformée en “Chabadabada” sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.
D’ailleurs, la musique du film, qui comporte bien d’autres chansons signées par le compositeur Francis Lai et interprétées par Nicole Croisille et Pierre Barouh, est d’une délicatesse merveilleuse.
Cette délicatesse musicale est à l’aune de la délicatesse des images tournées par Claude Lelouch, qui met en valeur la nature fugace des moments, des pensées et des gestes anodins qui portent néanmoins la promesse d’un bonheur imminent. L’improvisation demandée à ses acteurs correspond parfaitement à cette histoire d’amour née du hasard, nourrie de spontanéité, déchirée par des sentiments contraires mais s’épanouissant finalement dans la résilience. La très belle scène d’amour focalisée sur le visage d’Anouk Aimée illustre parfaitement l’éventail des sentiments contradictoires qui irriguent cet amour nouveau et fragile.
Je ne suis absolument pas d’accord avec certaines analyses féministes du film qui estiment que le film enferme les deux protagonistes dans des rôles très genrés. Selon ces analyses, sont dévolus à Anne le domaine émotionnel et la passivité tandis que Jean-Louis est d’une proactivité et d’une nonchalance toute masculines. C’est oublier un peu vite que le film a été tournée en 1966 et que les standards ont un tantinet changé depuis, que Anne, contrairement à ces analyses, a une vie professionnelle visiblement épanouissante, qu’elle est indépendante et que c’est elle qui décide de donner une nouvelle dimension à ce qui n’est auparavant qu’un jeu de séduction – et encore le fait-elle de manière particulièrement forte. C’est à mes yeux une femme dont l’agentivité est intacte.
C’est beau quand même d’envoyer un télégramme comme ça, il faut avoir du culot. C’est extraordinaire qu’une femme belle vous envoie un télégramme comme ça, c’est merveilleux. Quel courage.”
Jean-Louis
Claude Lelouch réalisera deux suites à “Un Homme et une Femme” en 1986 et 2019, qui sont, à mon sens, absolument oubliables.
Restons sur la délicatesse et la fragile beauté du premier volet, dont la poignante musique des sentiments reste longtemps en tête.
NDLR. Me voici dans une robe prototype Dior, réalisé pour le film “3 Cœurs”, dans lequel un Parisien en visite en province manque son train et rencontre une inconnue. Je crois déceler dans les premiers dialogues de ce film un clin d’œil à “Un Homme et une Femme” : “J’ai raté mon train. Je rate souvent mes trains”.










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Le 26 Juillet 2024
