LA GALERIE DIOR

Nous avons déjà évoqué ici l’enfance de Christian Dior et la villa des Rhumbs de Granville, dans laquelle il a grandi et qui a toujours été une immense source d’inspiration créatrice.

Pour clôturer cette série d’articles dédiés à Christian Dior et à sa soeur Catherine, le voyage continue à Paris, au 30 avenue Montaigne, où le couturier n’a eu de cesse de donner vie à des inspirations empreintes de nostalgie.

La maison de couture Dior n’aurait pu ne jamais voir le jour : Christian Dior a par hasard connaissance du projet de Marcel Boussac, un industriel du textile, qui recherche un styliste pour relancer la maison de couture Philippe et Gaston.

Christian Dior a plutôt pour idée de proposer à Marcel Boussac de soutenir financièrement la création de sa propre maison de mode. Quelques jours avant le rendez-vous avec l’industriel, Christian Dior trébuche dans la rue et voit sur le trottoir un colifichet en métal en forme d’étoile et le met dans sa poche.

Je ne me sentis pas doué pour ressusciter les morts”

Christian Dior

Une maison où tout serait nouveau, voilà ce qu’a en tête un timide mais néanmoins déterminé Christian Dior.

Le rendez-vous est un succès : la maison Philippe et Gaston ne reverra peut-être jamais jour, mais la maison Dior est inaugurée au 30 avenue Montaigne quelques mois plus tard, le 16 décembre 1946.

Et l’étoile, qu’un très superstitieux Christian Dior voit comme un talisman (enfant, une cartomancienne lui avait prédit que son futur succès serait assuré par les femmes), sera un motif récurrent dans ses collections de haute-couture et de joaillerie.

Le 30 avenue Montaigne n’a au départ rien à voir avec l’immense immeuble d’angle que nous connaissons aujourd’hui.

Il s’agit du petit hôtel particulier qui lui est adjacent, et qui vit au rythme de l’effervescence des deux ateliers “flou” et de l’atelier “tailleur”.

En haute-couture, les ateliers sont de deux types : le “flou” réunit les modèles souples réalisés dans des tissus légers, le “tailleur” se consacre aux tailleurs et manteaux. Les ateliers sont très hiérarchisés : chaque atelier réunit peut-être une trentaine d’ouvrières, mais ne dispose que de trois machines à coudre et est composé d’une première, de deux secondes, de premières mains qualifiées, de secondes mains qualifiées, de secondes mains débutantes, de petites mains et, enfin, d’apprenties.

On le sait, le succès est immédiatement au rendez-vous pour la maison Dior : la présentation, le 12 février 1947, des collections “Corolle”, “En Huit” et du tailleur Bar fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le New Look voit le jour.

Le tailleur Bar, présenté le 12 février 1947 signe le retour de l’ultra-féminité après les années d’austérité de la guerre. Composé d’une veste en shantung ivoire fermée par cinq boutons, à la taille étranglée et aux hanches marquées et d’une large jupe de lainage noir plissé, il est exécuté par le premier d’atelier Pierre Cardin. Le tailleur Bar sera par la suite sans cesse réinterprété par les six successeurs de Christian Dior

L’immense escalier est la colonne vertébrale de cette maison de haute-couture, qui peine devant son immense succès à accueillir tous les invités, journalistes et acheteurs les jours de défilé. Peu importe, ceux-ci s’assoient sur les marches de l’escalier !

Mais bien avant la présentation de la collection, le processus de création du maître est immuable. Christian Dior se retire dans sa maison de campagne à Milly-la-Forêt afin d’y dessiner sa collection, deux mois avant sa présentation. Rapportés avenue Montaigne, les croquis sont rejetés ou choisis.

Une toile, en toile à patron, est créée et présentée à Christian Dior sur deux ou trois mannequins.

En parallèle, la charte de la collection est composée de grandes feuilles. La charte dispose d’un nombre limité de cases pour un nombre déterminé de robes de jour, de tailleurs, de manteaux ou de robes du soir et elle permet également d’avoir une vue d’ensemble de la collection.

Une fois les toiles sélectionnées, le tissu dans lequel le modèle sera réalisé est choisi, ainsi que le mannequin qui le portera lors du défilé.

Les premiers essayages commencent. Le modèle, porté par le mannequin choisi, est présenté par la première, accompagnée de l’ouvrière qui l’a exécuté, à Christian Dior, qui l’examine à travers le grand miroir qui orne le studio. La robe est ajustée, retouchée et modifiée et repart, bardée d’épingles, à l’atelier.

Trois jours avant le défilé se tient la répétition générale, qui inclut les bijoux et les accessoires.

Les collections sont présentées dans les salons qui sont de véritables salles d’apparat éclairées de façon à reproduire les conditions dans lesquelles les robes seraient portées.

Suivant la frénésie de la présentation, au cours de laquelle sont invités les clientes, les journalistes et les acheteurs, vient la vente.

Les modèles sont réalisés sur mesure, sur des mannequins adaptés aux mensurations de chaque cliente, qui devra venir pour trois essayages avant la réalisation finale de sa robe.

La mode n’étant que renouvellement, les modèles sont soit proposés aux mannequins à des conditions très exceptionnelles, soit vendus soldés à certaines clientes, six mois après leur présentation.

Une boutique de colifichets, tendue de toile de Jouy, propose des bijoux, des écharpes et des petits objets sélectionnés par Carmen Colle, mais celle-ci va bientôt manifester d’autres ambitions.

Dès l’été 1948, Carmen proposa d’y adjoindre des petites robes qui, tout en respectant la ligne générale de la collection, seraient plus simples et plus modestes.”

Christian Dior in “Christian Dior et moi”, 1956

Le succès est tel que Christian Dior imagine une ligne “boutique”.

L’agrandissement de la maison Dior entraine la fermeture de la boutique de colifichets, qui est remplacée en juin 1955 par une plus vaste boutique au 15 rue François Ier. Le style de la nouvelle boutique “Louis-XVI-Belle Époque” est celui souhaité par Christian Dior, pour lequel la Belle Époque au cours de laquelle sa mère Madeleine rayonnait, a toujours été une immense source d’inspiration. Le gris qui orne les fauteuils rappelle inévitablement le gris des graviers de la villa des Rhumbs, alors que le rose passé, couleur récurrente des collections, rappelle celui de la villa.

L’inauguration de la boutique rue François Ier propose vingt-deux teintes de rouge à lèvres.

La société Christian Dior Parfums est créée le 4 mars 1947 et le parfum Miss Dior est lancé en décembre de la même année. L’ironie veut que celui qui voulait regarder l’avenir, qui fut baptisé le pape du New Look ne fit jamais rien d’autre que de regarder vers le passé, créant des silhouettes que la Belle Époque et les siècles passés n’auraient pas désavoué, entre seins pigeonnants et taille étranglée. Les critiques fusent autant que les éloges. Le style est romantique mais régressif.

Dior n’habille pas les femmes, il les rembourre.”

Coco Chanel

La Belle Époque permet probablement une nostalgie de bon aloi, hédoniste et assez distante pour panser les plaies d’un pays qui sort difficilement des affres de la guerre, de la collaboration et de la déportation.

Des souliers sur mesure sont réalisés par Roger Vivier, qui œuvre tout d’abord au sein de la société Christian Dior Delman, puis de la société Christian Dior par Roger Vivier.

Les filiales et succursales internationales se multiplient à New-York, Caracas et Londres. Les modèles, adaptés aux goûts de la cliente et de la météo locales, sont créés par Christian Dior mais sont exécutés par des ateliers locaux.

Les accords de licence se multiplient au Canada, au Mexique, en Australie ou au Japon, où des contrats exclusifs sont signés avec des grands magasins ou fabricants locaux.

Dès 1950, la Maison représente à elle seule près de 50 % des exportations de la haute couture française.

Christian Dior reçoit la Légion d’Honneur et publie un premier ouvrage “Je suis couturier” en 1951, suivi de “Christian Dior et moi” en 1956.

À la veille de son décès le 24 octobre 1957, Christian Dior aura réalisé lors d’une carrière foudroyante de seulement onze ans, son rêve d’habiller la femme de pied en cap, qu’il s’agisse de chapeaux, de vêtements, de bijoux, d’écharpes, de parfums, de rouge à lèvres ou même… de bas.

Sa dernière collection est réalisée avec son premier assistant, Yves Saint Laurent, qui lui succède à la tête de la maison, conformément au vœu du maître.

Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chiuri reprendront à leur tour les rênes de la maison. Victoire de Castellane, pour la joaillerie, continuera à faire vivre les bijoux-fleurs et les bijoux-étoiles si chers au cœur de Christian Dior.

Les modèles de défilé étaient rarement gardés par les maisons de haute-couture pour leurs archives – contrairement à aujourd’hui – pourtant la Galerie Dior, qui a ouvert en 2022, a réussi à réunir de magnifiques pièces, anciennes ou récentes.

La Galerie Dior

Le 28 Juin 2024