AMSTERDAM

Capitale des Pays-Bas, Amsterdam doit son nom à sa configuration d’origine, c’est-à-dire la digue (“dam”) sur l’Amstel (la rivière qui parcourt la ville).

La ville connaît un fort développement au Moyen Âge, grâce à l’exemption de taxes sur le commerce dont bénéficient les habitants de ce qui n’était jusqu’alors qu’un village.

Cet avantage fiscal fonde la richesse de la ville, qui devient une place commerciale d’importance au XIVème siècle grâce à son port en plein essor.

Afin de garantir sa sécurité puis l’acheminement des produits exportés vers les entrepôts, Amsterdam se munit de canaux.

En 1421 et en 1452, la ville est ravagée par deux incendies car les constructions sont presque toutes en bois. Les nouvelles habitations doivent à l’avenir être construites en pierre, pour autant le paradoxe veut que tout le soubassement de la ville soit toujours en bois : les habitations en pierre étant plus lourdes que celles en bois, de nombreux pieux en bois, dont la longueur est souvent celle d’un arbre entier pour atteindre les premiers bancs de sable, permettent la construction de la ville entière sur pilotis.

L’Amstel

Confinée au commerce d’Europe du Nord, Amsterdam souffre de la prééminence d’Anvers au début du XVIème siècle.

Tombée dans l’escarcelle du roi d’Espagne Charles Quint par un jeu d’héritage, Amsterdam renverse en 1578 le gouvernement catholique un tantinet intransigeant alors en place et les Pays-Bas – qui se dénomment alors les Provinces Unies – gagnent leur indépendance au terme de la Guerre des Quatre-Vingt Ans en 1648.

Dans un contexte de forte intransigeance religieuse qui voit l’Europe ravagée par les guerres de religions, Amsterdam fait figure de ville tolérante et progressiste vers laquelle convergent de nombreux émigrés, qu’il s’agisse des familles juives d’Espagne et du Portugal, des marchands protestants de Flandre, des huguenots français, des hommes de science, des philosophes, des imprimeurs. Tous contribuent à faire d’Amsterdam le centre européen du commerce et de la tolérance.

La basilique Saint-Nicolas, érigée entre 1884 et 1887, est une église néo-Renaissance construite en l’honneur de Saint-Nicolas, le saint patron des marins

La construction de l’église Oude Kerk remonte aux années 1300

L’église Zuiderkerk est une église protestante construite entre 1603 et 1611

Le XVIIème siècle est de fait l’âge d’or d’Amsterdam, qui devient la ville la plus riche du monde. Les bourgeois protestants apportent savoir-faire et capitaux et placent la ville au cœur d’un réseau mondial de commerce maritime.

Les deux premières multinationales mondiales sont créées – la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et sa rivale la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales – qui font l’acquisition de terres outremer qui deviendront plus tard des colonies néerlandaises. C’est la raison pour laquelle on a coutume de dire que le capitalisme est né à Amsterdam.

De fait, les très belles – et très étroites (question d’impôts) – demeures jalonnent les canaux.

Les épices qui sont rapportées par voie maritime font la fortune de la ville, qui connaît également un immense rayonnement artistique, avec Vermeer et Rembrandt.

Une telle prospérité entraine évidemment une explosion démographique. La ville s’agrandit et se développe autour d’un réseau semi-concentrique de canaux reliés en toile d’araignée par des canaux perpendiculaires.

Le siècle d’or touche à sa fin avec les guerres. Par ailleurs, les clients des compagnies maritimes développent leurs propres flottes de commerce, et le tonnage des navires néerlandais n’est plus suffisant.

L’industrialisation au XIXème siècle permet à la ville de reprendre une place de premier plan. La population s’accroit encore, et la construction du canal de la mer du Nord contribue à faciliter les liaisons avec les grands ports européens.

Neutres pendant la Première Guerre Mondiale et la Seconde Guerre Mondiale, les Pays-Bas sont néanmoins envahis sans déclaration de guerre préalable pendant ce second conflit, le 10 mai 1940. Sans armée d’envergure, la résistance est impossible et la reine Wilhelmine et le gouvernement s’exilent au Royaume-Uni, laissant la population face à l’envahisseur.

En mai 2020, le roi Willem-Alexander reconnaît l’indifférence de son arrière-grand-mère face au sort réservé aux Juifs du pays pendant l’occupation nazie.

Il faut dire que sur les 140.000 juifs vivant aux Pays-Bas, 104.000 seront victimes du nazisme, et que la souveraine n’aura jamais prononcé un mot à leur égard. En ce qui concerne Amsterdam, même si la ville avait un quartier juif, la population juive émaillait la ville – la plus connue étant évidemment Anne Frank.

Aujourd’hui, la ville – envahie à présent de touristes – est une ville progressiste où la prostitution (avec le Red Light District), le cannabis, le mariage homosexuel, l’euthanasie sont autorisés – mais qui a fondé son rayonnement sur l’esclavagisme et le colonialisme.

À bien y regarder, Amsterdam, qui semble bien paradoxale au premier regard, est plus pragmatique que progressiste : elle s’est toujours adaptée aux aléas de l’Histoire.

Restent les fleurs. Elles sont partout, elles sont colorées, elles sont superbes.

Le 31 Mai 2024