GENÈVE – VIEILLE-VILLE

Plus grande cité historique de Suisse, la Vieille-Ville de Genève domine le Lac Léman et son Jet d’Eau haut de 140 mètres, l’ultra-chic rue du Rhône et la rue de la Croix-d’Or et ses tramways.

L’austérité et le calme de la Vieille-Ville contrastent violemment avec la disparité architecturale, l’activité et la débauche de luxe des rues inférieures – qui, soyons honnêtes, n’ont rien de très charmant.

Au cœur de l’Europe et au carrefour des grandes voies de communication qui relient la Méditerranée au Nord de l’Europe, Genève est depuis toujours le berceau, sous un calme apparent, d’une intense activité commerciale, financière et religieuse.

Les foires qui se tiennent dans ses murs au cours du XIVème siècle connaissent une renommée qui va bien au-delà des frontières suisses et cet essor économique est accompagné par le développement d’une importante activité bancaire. En 1387, l’évêque de Genève accorde des franchises à la commune et autorise les prêts à intérêts, jusqu’alors interdits par l’Église.

La richesse de la cité genevoise attire la convoitise de Charles-Emmanuel Ier de Savoie, qui projette d’en faire sa capitale et qui souhaite lutter contre la religion réformée avec l’appui du Pape Clément VIII. Les murailles de la ville sont escaladées durant la nuit du 11 au 12 décembre 1602 mais les Genevois repoussent l’attaque et remportent la victoire qui est aujourd’hui célébrée lors de la “Fête de l’Escalade”. Le traité de Saint-Julien marque la fin des hostilités en 1603.

Genève, qui bénéficie du soutien du roi de France Henri IV qui vient de signer l’Édit de Nantes en 1598, accueille en 1536 le réformateur Jean Calvin, qui impose le calvinisme. Une dictature morale et religieuse s’instaure et l’emprise de cette nouvelle théocratie sur la cité est immense : les ornements, la musique, les fêtes, le théâtre et les bals sont proscrits. Cette austérité n’empêche pas les exilés protestants de France et d’Italie de rejoindre Genève, considérée alors comme la Rome protestante d’Europe.

Avec la disparition progressive des foires au XVIème siècle, la cité genevoise devient l’un des principaux centres financiers européens, en finançant de nombreuses entreprises à travers le monde, comme la Compagnie Hollandaise des Indes et la Banque Royale d’Angleterre.

L’horlogerie s’y développe au XVIIIème siècle et les bénéfices de cette nouvelle industrie sont investis dans des banques qui font de Genève l’une des premières places financières du continent. La Bourse de Genève est créée en 1857 et les banques suisses n’ont de cesse depuis d’asseoir la puissance financière de la ville.

La Vieille-Ville est dominée par la place Bourg-de-Four et la cathédrale Saint-Pierre.

La communauté luthérienne, présente à Genève depuis 1707, se voit accorder le droit d’édifier la première église non-calviniste de la ville à la condition que le bâtiment ne ressemble pas de l’extérieur à une église. De fait, le bâtiment n’a pas de clocher et ressemble à un bel hôtel particulier situé sur la place Bourg-de-Four.

L’église luthérienne de Genève

La place Bourg-de-Four est la plus ancienne place de Genève. Les foires et les marchés s’y tiennent déjà au Xème siècle et certains immeubles sont surélevés afin de faire face à la crise du logement liée à l’accueil des exilés protestants venus de France et d’Italie au XVIIème siècle. La place accueille aujourd’hui les terrasses de plusieurs restaurants.

En 1904, un tramway circule via la place Bourg-de-Four mais la forte pente est la cause de nombreux accidents et l’exploitation du tramway cesse après seulement quelques mois.

La cathédrale Saint-Pierre domine la cité genevoise depuis le cœur de la Vieille-Ville.

Construite pour le rite catholique et sans cesse transformée, la cathédrale devient au milieu du XVème siècle l’église protestante principale de Genève avec l’avènement de la Réforme. L’austérité du protestantisme bouleverse l’intérieur de l’édifice, le dépouillant de tout ornement et de toute polychromie. Seuls les vitraux sont épargnés.

Suite aux incessantes modifications, transformations, reconstructions et restaurations subies par l’édifice, la cathédrale Saint-Pierre présente aujourd’hui un curieux assemblage de styles roman, gothique et néoclassique. À l’extérieur, les changements les plus criants sont l’ajout de la chapelle des Macchabées, la construction de la tour Sud, la reconstruction de la tour Nord qui n’est guère identique à la tour Sud, la mise en place d’une flèche moderne et la substitution d’une façade romane en ruines par une façade néoclassique.

La chapelle des Macchabées tranche de manière étonnante avec l’austérité de la cathédrale Saint-Pierre.

Ce joyau de l’art gothique flamboyant était anciennement une chapelle dédiée à la Vierge. Elle devient chapelle des Macchabées en raison de la présence possible de reliques des frères Macchabées. Sa construction est achevée en 1411.

La Réforme transforme cette chapelle en entrepôt, mais la chapelle redevient un édifice religieux au XIXème siècle.

Les petites rues pavées de la Vieille-Ville illustrent parfaitement la sobriété d’une ville placée sous l’égide du protestantisme.

Les façades des édifices sont souvent simples, voire austères.

Bâtiment néoclassique construit en 1774-17777 pour le conseiller Isaac-Louis Thellusson. Avec quatre entrées distinctes, il s’agit de l’une des toutes premières maisons locatives, concept très novateur à l’époque

Tranchant avec l’aspect patricien et quelque peu médiéval de la Vieille-Ville, le palais de l’Athénée est construit en 1863 par le financier et diplomate Jean-Gabriel Eynard et son épouse Anna Eynard-Lullin afin d’y accueillir la Société des Arts. La Croix-Rouge y est fondée la même année.

Le palais de l’Athénée est construit à côté de la propre demeure de ce couple de mécènes, le palais Eynard.

Le palais Eynard est construit en 1821 par Jean-Gabriel Eynard, qui revient à Genève après avoir fait fortune en Italie et son épouse Anna Eynard-Lullin, qui fait partie de l’une des plus vieilles familles patriciennes de la cité genevoise. De style néoclassique, le bâtiment reste la propriété de la famille Eynard jusqu’en 1891, puis est racheté par la ville de Genève, qui le transforme en hôtel municipal et qui y abrite les archives municipales.

Le promeneur peut admirer d’autres façades néoclassiques au sein de la Vieille-Ville.

Le Musée International de la Réforme est situé dans une maison patricienne construite en 1723 par le banquier français Gédéon Mallet, descendant d’une famille de réfugiés huguenots établis à Genève au lendemain du massacre de la Saint-Barthélemy

Les catholiques feront peut-être leur retour à Genève en 1798 lors de l’invasion française, mais l’empreinte laissée par les protestants sur la Vieille-Ville patricienne et austère apparaît de manière évidente au promeneur.

Le 15 Mars 2024