EXPOSITION – JULIA MARGARET CAMERON

Les photographies de Julia Margaret Cameron, qui font l’objet d’une exposition au Jeu de Paume, « Capturer la Beauté », sont les parfaits exemples du principe selon lequel une photographie peut être absolument réussie même si elle est ratée d’un point de vue technique.

Tout le monde ne sera peut-être pas d’accord avec ce principe, mais il arrive parfois qu’une photo floue, surexposée ou qui manque de précision et de technicité peut être absolument réussie d’un point de vue artistique – à défaut de l’être d’un point de vue purement technique.

Tout le monde n’a pas toujours été d’accord avec ce principe, en tout cas.

Julia Margaret Cameron, qui est née en 1815, découvre la photographie à 49 ans lorsque sa fille lui offre sa première chambre photographique – puisque les appareils photographiques n’existent pas encore.

Cette mère de famille nombreuse qui vit, selon les périodes de sa vie entre le Sri Lanka et l’Angleterre, se prend vite de passion pour la photographie, qui l’occupera une petite douzaine d’années, entre 1863 et 1874.

Elle a beau être amateur, elle devient une portraitiste renommée. Il faut dire qu’elle évolue dans les cercles intellectuels et artistiques londoniens de son époque et qu’elle se plaît à prendre en photographie des personnes de son entourage. Elle photographie des personnalités comme le poète Alfred Tennyson.

Ce n’est pas tant la précision technique de l’exercice photographique qui l’intéresse, c’est l’humanité qui se dégage des personnes qui posent pour elle. Ceci explique que beaucoup de ses portraits soient flous, vaporeux et qu’ils contreviennent parfaitement à la mode de l’époque qui veut que l’exercice photographique soit d’une précision documentaire et froide.

Les photographes la conspuent, les artistes l’adorent. Ses portraits, qui évoquent la peinture préraphaélite anglaise, sont empreints de poésie, d’esthétisme et d’humanisme.

Elle transforme son poulailler doté d’une verrière en studio (l’électricité n’existe pas encore et il faut de la lumière) et sa cave à charbon en chambre noire. Elle décide de tout : les vêtements, les accessoires, la pose et inflige à ses sujets de très longues séances de pose pendant lesquelles l’immobilité est requise devant une chambre photographique qui se trouve à un peu plus d’un mètre de la personne photographiée. Le cadrage est serré, les séances sont épuisantes mais Julia Margaret Cameron sait quel résultat elle veut obtenir.

La nature ou les natures mortes ne l’intéressent guère, seules les personnes trouvent grâce à ses yeux, ce qui explique pourquoi son fonds photographique ne se compose que de portraits.

Tous y passent : les connus, les inconnus, les bourgeois, les servantes – elle ne fait aucune distinction et lisse à travers son travail photographique toutes les distinctions sociales de l’époque.

Il n’existe aucun autoportrait de Julia Margaret Cameron et c’est bien dommage. J’aurais aimé voir l’évolution au cours des ans du visage de cette femme qui cherchait de manière évidente à capturer la beauté qui l’environnait.

J’aspirais à capter toute la beauté qui se présentait devant moi et finalement, cette aspiration a été satisfaite. »

Jeu de Paume

Le 24 Décembre 2023