JAMES BOND, ELLE-MÊME

Cela fait plus de vingt ans que ne m’entends dire que je suis masculine. Que je me comporte comme un homme. Ou que je suis un homme déguisée en femme. Ou encore que j’ai un cerveau d’homme dans un corps de femme. Ou enfin que mon charme tient à cet étrange alliage “masculin/féminin”.

Ne vous méprenez pas. Cela n’a rien à voir avec mes cheveux courts, puisque j’ai toujours eu les cheveux longs – jusqu’à la naissance de ma petite dernière qui a maintenant 5 ans.

Bêtement, j’ai longtemps accepté de tels qualificatifs, jusqu’au moment – pas si vieux d’ailleurs – où je me suis vraiment demandée ce qui faisait de nous des êtres masculins ou des êtres féminins.

Évacuons tout de suite le style : oui, il y a un vestiaire plutôt masculin ou plutôt féminin et je n’ai jamais été attirée par ce que j’appelle les “chichis-pompons” parce que j’aime les lignes épurées, design, nettes, que ce soit dans mon intérieur, dans mon style et même dans mon esprit. Le point n’est pas là.

Si ma compréhension est correcte, la raison de ma “masculinité” réside dans mon comportement, que l’on estime à l’avenant (et je cite) indépendant, dominant, froid ou encore guerrier.

Pour résumer, des qualificatifs que l’on attribue généralement et bêtement aux hommes.

Si ma compréhension est encore correcte, le point réside également dans mes centres d’intérêt : j’aime le rugby – j’y ai d’ailleurs joué, seule femme dans une équipe d’hommes, tout bêtement parce que nous avions anticipé la crainte des adversaires de me faire mal à chaque fois que j’avais le ballon. J’aime également le monde des affaires, le droit financier, la géostratégie, la stratégie tout court, la neuroplasticité : en bref tout ce qui est bien mental.

Pour résumer, des domaines que l’on réserve généralement et bêtement aux hommes.

Pour autant, cela fait-il de moi quelqu’un de masculin ? Je ne crois pas.

Cela reviendrait à attribuer une poupée à une petite fille et une épée à un petit garçon.

Cela reviendrait à écarter les découvertes anthropologiques démontrant que les femmes préhistoriques chassaient tout autant que les hommes. Les anthropologues André Leroi-Gourhan et Alain Testart ont assez mis à mal la division sexuelle du travail basée sur l’argument de la masse musculaire masculine, qui aurait écarté les femmes du domaine de la chasse. On sait que les femmes chassaient tout autant que les hommes, d’une manière différente néanmoins.

Cela reviendrait à renier l’existence des femmes guerrières qui ont toujours existé à toute époque en tout lieu de cette planète. Parlons deux secondes de ces guerrières : même si les Amazones sont les plus connues et sont presque présentées comme une anomalie sociétale, toute une variété de femmes guerrières a toujours existé, qu’il s’agisse des reines guerrières égyptiennes – je pense à Ahotep et aux Arsinoés – des reines guerrières éthiopiennes et nubiennes – je pense à Candace et Majaji – des reines guerrières zoulous – je pense à Nandi qui imposa que les régiments composés de femmes se battent dans les premiers rangs de son armée, ou des combattantes kurdes de notre époque.

Amusant d’ailleurs de constater que les dieux de la guerre du berceau antique sont des déesses : Athéna, déesse de la guerre et Enyo, déesse des batailles pour les Grecs, Minerve pour les Romains.

La femme et la guerre ensemble suscitent mille fantasmes et convoquent un rapport bien particulier entre les sexes. Certes. J’aime moi-même allier codes masculins et féminins en termes vestimentaires ou comportementaux, parce que je trouve un tel alliage suprêmement séduisant dans sa complétude – cela étant, c’est très personnel.

Mais attribuer des qualificatifs soit-disant genrés revient à dénier le fait que chacun de nous porte une part féminine et une part masculine.

En ce qui me concerne, être humain je suis, être humain je reste. Nul besoin de qualification masculine ou féminine, en réalité.

J’ai été très étonnée des commentaires suscités par la publication de l’une de ces photos sur Instagram : beaucoup ont évoqué Ursula Andress ou Halle Berry. Que l’on soit bien d’accord : (outre le fait que je n’ai pas autant d’ « arguments ») je n’ai jamais souhaité être James Bond girl. J’ai en revanche toujours rêvé d’être James Bond, elle-même 😉

Combinaison Duskii