ESPRIT FRANÇAIS

Organiser, fin novembre 2015, un shooting photo devant la Tour Eiffel parée des couleurs de notre drapeau, une semaine après les attentats qui ont frappé notre ville, n’est-ce pas futile et déplacé ?

Bien sûr. Évidemment.

Futile au regard de la souffrance incommensurable de ceux qui ont perdu des êtres chers.

Futile au regard des atteintes sans nom commises à l’encontre de nos valeurs républicaines, qui ont été, en quelques heures, outrancièrement violées.

Futile au regard des inquiétudes qui broient maintenant le cœur de chaque mère parisienne, et moi avec, puisque je dois maintenant pister – contre tout principe personnel – mon ado chérie et lui interdire certains lieux, ou qui dois répondre intelligemment à mon fils de cinq ans lorsqu’il me demande si les gens sont vraiment morts et si les méchants ont été arrêtés.

Comment en est-on arrivé à devoir imposer de tels principes de précaution à une ado de 16 ans, supposée être tourmentée uniquement par ses DST, ses copines et ses affaires de cœur ? Comment en est-on arrivé à devoir répondre à de telles questions de la part d’un enfant de 5 ans ?

L’outrage absolu en deux temps : les morts et le traumatisme pour tous en un premier temps, l’incapacité d’offrir un environnement sûr à ceux que l’on aime et surtout à ses enfants, en un second temps.

Alors, pourquoi cette ferme volonté, absolue, définitive et sans appel, de prendre des photos devant notre belle Dame de Fer, toute de bleu, blanc, rouge armée ?

Parce que je suis française. Et qu’en bonne française, je suis affreusement orgueilleuse, fière et bravache. J’ai voulu – comme un nombre incalculable de personnes ce soir-là sur l’Esplanade du Trocadéro – faire mien cet orgueilleux symbole de Paris. Le symbole d’un Paris outragé, d’un Paris brisé, d’un Paris martyrisé – pour paraphraser le Général – mais d’un Paris libéré – de la peur.

Parce que le seul élan vital qui puisse nous rester à nous – population civile – dans ces moments difficiles, est celui de rester humains et altruistes, mais néanmoins debout, fiers et prêts à l’adversité.

Je crois que c’est ce même élan vital qui a poussé mon ado chérie à déposer des fleurs sur la Flamme de la Liberté, Pont de l’Alma, et à se rendre Place de la République. Un besoin incompressible de communion mais un besoin également incompressible de rester debout et digne.

Alors, en réalité non. Un shooting photo devant la Dame de Fer n’est pas si futile que ça. C’est ma manière de rendre honneur à tout ce qu’elle représente, la France, ses valeurs, l’orgueil et la fierté – et d’un peuple derrière elle – qui se tient vent debout, presque crâne et prétentieux mais aussi et surtout digne et courageux.

Une manière de dire que, décidément non, on ne va pas s’arrêter de vivre – bien au contraire. Et qu’en plus, on va vous le faire savoir.

 

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