LES GRANDS MAGASINS

Les grands magasins parisiens apparaissent sur les artères nouvellement percées par le baron Haussmann et leur naissance est intimement liée aux réformes urbaines, sociales et industrielles du Second Empire de Napoléon III.

Ils succèdent aux petites échoppes médiévales situées dans des ruelles étroites, aux merceries du XVIIème siècle (où se vend tout ce qui concerne l’habillement, la parfumerie mais également… la quincaillerie et la musique), aux marchandes de frivolités ou marchandes de modes du XVIIIème siècle (qui vendent vêtements, chapeaux et fanfreluches) puis aux magasins de nouveautés des galeries et passages couverts du Paris de la fin du XVIIIème siècle.

La Révolution Industrielle entraine de multiples changements, dont le maître-mot est la modernisation. Les grands magasins profitent de l’ascension d’une bourgeoisie aisée qui est leur première clientèle et qui aspire de manière générale au plaisir : la villégiature naît avec les chemins de fer et les salles de spectacle, les bals et les concerts naissent de l’érection d’un nouveau plan urbain parisien. Les Grands Boulevards deviennent le théâtre d’activités inutiles et plaisantes – ce qui est nouveau – et faire les magasins devient une nouvelle distraction bourgeoise, à l’instar de l’opéra Garnier ou des cafés réputés qui ont pignon sur rue, comme le Café de la Paix ou le Café Tortoni.

Les grands magasins se présentent comme un nouvel espace de liberté pour les femmes de la bourgeoisie dont la vie sociale se limite souvent aux fêtes familiales et au théâtre. Pour la première fois, la Parisienne peut regarder, toucher et essayer.

Pour être certains de s’assurer l’engouement et la fidélité de cette nouvelle clientèle très majoritairement féminine, les grands magasins pratiquent la publicité, l’entrée libre et des prix fixes et affichés qui mettent fin au marchandage. Les marges sont certes plus faibles que celles qui se pratiquaient avant dans les échoppes mais elles sont compensées par un volume plus important (autorisé par la mécanisation et la production en série) qui permet de rendre les prix attractifs. L’offre est plus abondante, plus diversifiée et la logistique est assurée par le développement du chemin de fer, qu’il s’agisse de l’acheminement des stocks ou de celui des produits qui se vendent par correspondance à travers la France.

Les grands magasins jettent les bases de la société de consommation, telle qu’on la connait aujourd’hui.

Émile Zola, le témoin engagé du Second Empire, ne peut passer à côté de cette révolution sociale : il baptise les grands magasins de “cathédrales du commerce”. Pour rédiger “Au Bonheur des Dames”, le onzième volume de la série des Rougon-Macquart dédié aux grands magasins, il s’inspire d’Aristide et de Marguerite Boucicaut, fondateurs du Bon Marché, le premier grand magasin parisien inauguré en 1852.

Aristide Boucicaut est le modèle de l’entrepreneur du Second Empire. Il jette les bases du commerce moderne avec des innovations commerciales majeures comme la démocratisation de la mode, l’invention des soldes ou encore la vente par correspondance.

Sur le modèle du Bon Marché, les grands magasins vont éclore un peu partout dans Paris. L’aménagement est conçu de manière quasi-théâtrale : l’utilisation des structures métalliques permet d’abriter dans un volume absolument grandiose plusieurs étages desservis par des escaliers majestueux. Le luxe et les derniers progrès techniques (l’électricité, les ascenseurs, les escaliers roulants) sont omniprésents.

Les Grands Magasins du Louvre ouvrent en 1855 (l’ancien Louvre des Antiquaires et la Fondation Cartier aujourd’hui), La Belle Jardinière en 1856 (qui n’existe plus et qui était quai de la Mégisserie), le Printemps et la Samaritaine en 1865, les Galeries Lafayette en 1896. Le phénomène n’est pas que parisien, il est mondial : l’Italie (la Rinascente), le Royaume-Uni (Harrods) et les États-Unis (Macy’s) connaissent le même phénomène – pour ne citer que quelques exemples.

En images, voici le Printemps.

Le 26 Septembre 2025