Les réseaux sociaux, Instagram et TikTok en particulier, participent l’air de rien à une redéfinition des standards de la beauté féminine qui uniformise celle-ci de manière maintenant universelle.
En 2025, il faut avoir beaucoup de seins, beaucoup de hanches mais la taille très fine (rien de nouveau jusqu’ici), une longue chevelure bien brune ou bien blonde mais surtout bien domptée et certainement pas grise ou blanche ou même fadement châtain, un tout petit nez, de grands yeux, des pommettes saillantes, des lèvres pulpeuses et surtout surtout une peau lisse voire sans pores.
Certains s’en étonnent.
Je peux comprendre.
Pourtant, chaque époque connait ses propres standards de beauté depuis la Grèce Antique (et même avant).
La Grèce et Rome privilégient l’harmonie des proportions, la Renaissance et le Siècle des Lumières avantagent les rondeurs, le XIXème valorise la silhouette en sablier, les flappers choisissent une silhouette androgyne alors que l’après-guerre, pour des raisons évidentes, remet à l’honneur les courbes parce que l’après-guerre en a ras-le-bol des privations.
Ce qui change aujourd’hui tient plus à la propagation quasi-instantanée de ces standards esthétiques à une échelle mondiale, justement à cause des réseaux sociaux. Kim Kardashian, qui est loin d’être bête, a magistralement imposé ses mensurations improbables à la planète entière – et la planète entière a suivi.
Ce qui change aujourd’hui tient plus à l’effet scénique de cette beauté qui est fabriquée et calibrée pour les réseaux sociaux, et pas du tout pour la vraie vie.
Si vous vous êtes déjà maquillée pour les caméras (même si ce sont celles de votre IPhone), vous savez que le maquillage qui sied à un objectif fonctionne rarement dans la vie réelle car tout y est outré, accentué à l’extrême car il faut jouer avec la lumière d’une caméra. Personne n’a l’air plus con dans la vie réelle qu’en arborant un contouring qui créé de fausses pommettes ou un faux nez tout petit tout retroussé. Cela ressemble presqu’au maquillage de théâtre kabuki – vous voyez ce que je veux dire. D’ailleurs, peu de femmes s’y trompent car on ne retrouve guère de figures contourées-kabukées dans le métro ou au bureau.
Ce qui change aujourd’hui tient plus à l’artificialité : outre le maquillage improbable évoqué dans le paragraphe ci-dessus, les pommettes saillent parce qu’on arrache les dents de sagesse ou les molaires (ce qui se faisait déjà avant) mais également parce que des chirurgiens procèdent à des bichectomies (qui consistent à retirer les boules de Bichat qui sont des poches de graisse situées dans les joues, alors que, je ne le répéterai jamais assez : le gras c’est la vie – mais il faut avoir cinquante ans pour le comprendre peut-être) – les lèvres sont pulpeuses grâce à l’overlining du maquillage, mais aussi grâce à l’injection de silicone ou de collagène il y a quelques années, d’acide hyaluronique aujourd’hui – les fesses et les hanches sont invraisemblablement rebondies grâce à des implants ou prothèses fessières ou des transferts de graisse – la taille est affinée grâce au retrait des côtes inférieures (ce qui se faisait avant mais qui ne se fait plus, Dieu soit loué), à la liposuccion ou au port de corsets – la chevelure, longue très longue, qui n’a plus rien du naturel des années 80, est domptée à force de brushings à la con qui se ressemblent tous.
Beaucoup de procédures barbares existaient avant, ne nous leurrons pas.
La différence est aujourd’hui que le marché de la beauté (car c’est un marché évidemment) s’est démocratisé – et que beaucoup d’entre nous y ont maintenant accès si elles le souhaitent. Sans même parler de chirurgie esthétique, on ne peut dénier le succès planétaire de chaines comme Sephora ou du sèche-cheveux révolutionnaire de chez Dyson qui fait les boucles bien comme il faut. La beauté standardisée à moindre coût (ou pas, d’ailleurs).
La différence également est aujourd’hui que le marché de la beauté – car c’est un marché évidemment, et je parle maintenant du marché de la désirabilité où hommes et femmes doivent se présenter sous leur meilleur jour selon les standards en vigueur – connaît deux niveaux : le niveau digital qui est soi-disant amélioré par le maquillage appuyé ET par les logiciels de retouches ET par les filtres qui rendent plus jeunes, plus belles, plus maquillées et j’en passe et le niveau réel où personne ne se promène dans la rue avec du contouring ou de l’overlining (mais bien des bouches de canard dopées à l’acide hyaluronique).
Pour certaines, le gouffre existant entre vie digitale et vie réelle est insupportable et créé des troubles dysmorphiques corporels colossaux voire des demandes à leurs chirurgiens esthétiques absolument improbables car fondées sur des photos Instagram.
C’est navrant. Nous sommes dans une société post-capitalistes où nous nous transformons en produits soi-disant beaux grâce à la surconsommation de produits de beauté qui ne servent en général strictement à rien.
C’est navrant, c’est con comme un boulon. Tout le monde se ressemble, c’est déprimant.
C’est navrant, car ces standards de beauté absolument fallacieux mettent une pression insupportable sur les femmes – alors qu’elles n’ont qu’une chose à faire : être elles-mêmes.
NDLR. Me voici donc avec mes cinquante ans, mon un mètre deux les bras levés, ma jupe des années 90, mon petit haut qui a trente ans, mes ballerines, mes cheveux courts et mon maquillage non-existant hormis cette touche de rouge à lèvres que j’aime, parce que me maquiller me gave, en toute simplicité. Suis-je rageuse en écrivant ce texte ? Oh que oui.













Haut Gérard Darel – Jupe Dior – Lunettes de soleil Miu Miu – Sac à main Gucci – Ballerines Repetto
Le 19 Septembre 2025
