Deux films récents évoquent avec intelligence et finesse les conséquences désastreuses et mortifères que portent en eux les systèmes de croyances stupides qui s’imposent à tout un chacun.
“The Power of the Dog” est un néo-western réalisé en 2021 par Jane Campion. Le film, qui se déroule en 1925 dans le Montana, suit la destinée des deux frères Burbank qui exploitent ensemble l’un des ranchs les plus prospères de l’Etat. L’ainé, Phil (incarné par Benedict Cumberbatch) qui est un homme brillant, dur et ultra-viril, terrorise tout son entourage, y compris son frère cadet George (interprété par Jesse Plemons) qui est doux et sensible. De cette prison à ciel ouvert qu’est leur immense ranch, George arrive néanmoins à s’évader en faisant sa cour à Rose (incarnée par Kirsten Dunst), une veuve, mère d’un adolescent efféminé, Peter (porté par Kodi Smit-McPhee). George et Rose se marient et viennent vivre au ranch, au grand dam de Phil, qui n’a de cesse de harceler et de brutaliser Rose, souvent laissée seule face à son agresseur.
Son fils Peter, qui étudie la médecine en ville, vient pour les vacances au ranch, pour découvrir que sa mère est devenue dépressive et alcoolique sous l’emprise de Phil, qui ne se prive d’ailleurs pas de harceler le jeune homme à son tour. Pourtant, une relation étrangement proche et malaisante va se lier entre le viril Phil et le précieux Peter.
Le personnage de Phil n’est pas sans rappeler la figure américaine du cowboy de celluloïd incarné par John Wayne dans les années 50 et 60, mais il en présente une version sombre, tordue et dévoyée par un système de croyances sociales qui détruit plus l’humain qu’il ne le construit.
“The Wonder”, réalisé par Sebastian Lelio en 2022, se déroule en 1862 en Irlande. Le film suit les destinées d’Elizabeth (Florence Pugh) et de Anna (Kila Lord Cassidy). Elizabeth, qui est une infirmière anglaise, est envoyée dans une Irlande encore traumatisée par la Grande Famine, afin de surveiller Anna, qui a 9 ans et qui refuse de s’alimenter depuis quatre mois. Elizabeth doit vérifier jour après jour si l’enfant n’ingère effectivement aucune nourriture et démystifier le phénomène. Mais dans ce petit village isolé d’Irlande, Elizabeth, d’un scepticisme tout scientifique, se heurte vite au fanatisme religieux de la famille et de certains villageois qui voudraient voir dans le jeûne d’Anna l’accomplissement d’un miracle.
“The Wonder” évoque le phénomène bien réel des “fasting girls”, qui a certes pour figure tutélaire Catherine de Sienne pendant la Renaissance, mais qui a connu une recrudescence dans le Royaume-Uni de l’époque victorienne. Le jeûne de longue durée était vécu en hommage aux souffrances de Jésus pendant la Passion (d’où le nom latin d’“anorexia mirabilis” ou anglais de “holy anorexia”) mais a souvent causé le décès de très jeunes filles pour cause de malnutrition. Le cas de Sarah Jacobs au Pays de Galles, morte de faim, a même mené à la condamnation de ses parents pour homicide.
Sans dévoiler quoi que ce soit du dénouement étonnant des deux films, leur parenté est évidente à plus d’un titre.
En premier lieu, les deux films partagent la même directrice de la photographie, la talentueuse Ari Wegner, et la beauté esthétique de ces deux objets cinématographiques est absolument éblouissante.
En second lieu, l’arc narratif des deux films se situent dans des contrées sauvages, désertiques et écrasantes. Les montagnes du Montana (qui sont dans la vraie vie celles de Nouvelle-Zélande) de “The Power of the Dog” et la lande irlandaise de “The Wonder” illustrent parfaitement la Nature indomptée, indomptable et inquiétante face à laquelle les quelques humains qui souhaitent y survivre inclinent à vivre selon des systèmes de croyances fallacieux, voire mortels.

Ce qui nous amène au troisième point de parenté. Dans les deux films, certains protagonistes ne vivent et ne survivent émotionnellement que grâce à des croyances erronées, fausses, toxiques voire dangereuses. Phil, le cowboy impitoyable de “The Power of the Dog” a cru devoir forger une personnalité ultra-virile pour être respecté et prospérer, mais cette armure émotionnelle n’a rien fait d’autre que de l’éloigner de lui-même et de son intégrité humaine. La petite Anna, sa mère et certains notables du village irlandais de “The Wonder” se cramponnent eux aussi à des croyances qui, le pensent-ils, illuminent leurs pauvres vies en s’entêtant à voir dans l’anorexie de Anna un miracle d’ordre religieux. Anna est aussi loin d’elle-même que l’est Phil.




Il est facile pour les spectateurs modernes de “The Power of the Dog” et de “The Wonder” de déceler l’absurdité et la dangerosité des systèmes de croyances stériles auxquels se soumettent ces protagonistes d’époques passées. L’ultra-masculinité violente et toxique a beau s’affadir au fil des décennies, le fanatisme religieux a beau ne plus prospérer autant qu’avant, il n’en demeure pas moins que le spectateur attentif en vient à se demander à quels systèmes de croyances tout aussi stériles chacun se soumet aujourd’hui.








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Le 11 Juillet 2025
