L’ENVERS DU DÉCOR – VOLUME 32

Je me rends compte que je ne vous ai jamais réellement expliqué le processus parfois intense, parfois dénué de sens qui se cache derrière ce site Internet. Au bout de neuf ans, il serait temps.

Tout commence souvent avec un article, un livre ou un film dont le sujet ou le traitement me plait infiniment ou m’interpelle profondément. Le thème de l’article, le titre du livre ou du film est ajouté à un document qui reste ouvert en permanence sur mon ordinateur portable, document qui porte le doux nom en 2024 de “Get a life babe” pour 2024, mais qui se dénommait par exemple en 2015 “Mais quelle idée t’as eue encore” – c’était à l’ouverture du site, on l’aura compris.

Comme je suis mono-maniaque mais que je suis animée par beaucoup de manies qui frisent parfois l’obsession – je suis donc pluri-maniaque – les thèmes qui m’inspirent m’aspirent. Sur une même thématique, je peux lire trois à quatre livres et regarder plusieurs documentaires. Si un livre me passionne, je regarde son adaptation cinématographique. Si un film me plait, je lis le roman d’origine.

Une fois la somme d’informations assimilée, je rédige frénétiquement un texte qui sort généralement comme un boulet de canon. Le texte finalisé peut végéter des semaines, des mois sur mon ordinateur car il faut maintenant passer aux photos venant illustrer le texte.

Vient la phase intense (oui, car la phase précédente n’avait rien d’intense en réalité).

La phase intense consiste à imaginer et à trouver la tenue qui illustrera le thème choisi.

C’est parfois simple et évident car j’ai dans mes placards les pièces qui permettent d’élaborer une tenue adéquate.

Ou alors j’ai une amie historienne du costume qui a ce qu’il faut dans sa boutique, ce qui explique comment  je me retrouve corsetée dans une robe fin XIXème.

C’est d’autres fois obscur et laborieux. Parfois, le lien qui relie le texte à la tenue est ténu, très ténu. On ne m’en tiendra pas rigueur, j’espère.

Parfois encore, je ne trouve pas l’accroche nécessaire pour illustrer par la photo la thématique choisie. Le meilleur exemple en est le film “Basic Instinct” qui est l’un de mes films préférés, mais que je n’ai pas encore réussi à évoquer dans un article. Le texte de l’article est prêt depuis belle lurette mais je me heurte à plusieurs difficultés : je ne vis pas à San Francisco, je ne suis pas Sharon Stone, je n’ai pas envie d’être ouvertement sexuelle dans ma tenue et dans mes photos et je n’ai pas la tenue qui serait assez incendiaire pour dignement évoquer la sulfureuse héroïne du film. Peut-être y arriverai-je un jour en personnifiant finalement Michael Douglas. (Update : j’ai finalement réussi à trouver la robe et à publier l’article que voici que voilà).

De manière générale, j’aime être inspirée, et je n’aime guère copier/coller et encore moins être déguisée – car j’ai un style personnel et… j’y tiens.

Je fais parfois exception lorsque je dois porter une couronne de fleurs sur la tête pour illustrer un film – “Midsommar” en l’occurrence – et que je me sens tout à fait ridicule et que je me débarrasse de ladite couronne au bout de dix minutes – c’est ma fille de onze ans qui en a hérité pour ses déguisements.

Lorsque la tenue est enfin prête, il s’agit de trouver le lieu du shooting. Cette phase peut également devenir complexe lorsque le lieu choisi est loin de Paris. Il m’est arrivé de faire un aller-retour dans la journée à la Rochelle ou à Deauville pour prendre des photos sur la plage ou sur un voilier – trainant péniblement une valise plus grande que moi et en me changeant au gré des tenues photographiées derrière une portière de voiture ouverte. C’est souvent cocasse, c’est souvent comique. Je n’aurais jamais cru me retrouver un jour en soutien-gorge dans la rue.

À Paris, les choses sont sensiblement plus simples, on se doute – même s’il s’agit d’être en robe longue de soirée à 14 heures sur les Champs-Élysées (le ridicule ne tue pas, askip).

Je me rends compte que je suis souvent très dirigiste parce que je sais exactement ce que je veux, ce qui laisse peu de marge de manœuvre au photographe.

Ce n’est pas parce que je sais ce que je veux que j’y arrive : comme on le sait, les grimaces sont légion et sont dûment documentées – ainsi que les pitreries.

Je reçois la totalité des photos brutes et c’est moi qui fais le choix des photos qui seront publiées. Je l’ai déjà dit mais je le répète, seule une fraction négligeable des photos prises sur un shooting sont bonnes – et c’est tout à fait normal, la vie en mouvement n’a rien à voir avec la vie figée sur une photo.

Dans de rares cas, la photo est très bonne et ce n’est pas votre servante qui fait l’idiote mais c’est l’environnement qui cloche : les deux photos ci-dessous illustrent les pauvres compétences de mon photographe et de moi-même pour effacer une affreuse colonne dans l’arrière-plan – il faut dire qu’aucun de nous deux n’a Photoshop 😉

Bref, un joyeux bazar comme d’habitude. Un joyeux bazar qui me plait et me stimule car il m’oblige à garder l’esprit ouvert, à rester véloce intellectuellement et humainement. Un joyeux bazar qui, étonnamment, m’aide infiniment dans ma vie d’avocate car il m’a permis d’ajouter des compétences à une expertise purement juridique et donc de me faire évoluer vers des dossiers dont les volets sont autant juridiques que médiatiques. Qui l’eût-cru, il y a neuf ans ? Certainement pas moi.

Le 4 Octobre 2024